Crabe décorateur (Marcocoeloma trispinosum)

 

Une nouvelle session de vidéos de l’excellent site Morphologic. Commençons d’abord par ces curieux spécimens de crabes fleuristes.

 

Sur l’image ci-dessus vous pouvez découvrir le crabe dit décorateur (Marcocoeloma trispinosum) qui prend d’ordinaire un soin tout particulier à découper des morceaux d’éponges vivantes pour se les attacher sur sa carapace (ou exosquelette). Il ajoute ensuite des détritus et des débris pour améliorer l’effet de camouflage. Le cliché ci-dessus montre un individu qui a pris son rôle de décorateur vraiment au sérieux car il a ajouté des zoanthaires (Zoanthus sp.) dans son chef d’œuvre. Comme vous pouvez vous en douter, ce crabe vit au sein d’une colonie de zoanthaires, ce qui rend son camouflage particulièrement efficace. Les crabes décorateurs ont également pris l’habitude de se déplacer extrêmement lentement, contrairement aux mouvements saccadés et nerveux d’autres espèces de crabes. On entrevoit donc ici les balbutiements, dans le royaume animal, de l’utilisation d’outils.

Pour vous rendre compte de l’efficacité de ce camouflage, jetez un coup d’œil sur la vidéo suivante.

 

 

Vous pourriez penser qu’il s’agit là seulement d’un paysage aquatique, composé de belles macro algues pourpres Asparagopsis taxiformis. Cependant, si vous faites attention, vous remarquerez qu’à gauche de l’écran, quelque chose muni de pinces est parfaitement camouflé dans cet aqua-paysage: une autre espèce de crabe décorateur (Microphrys bicornuta).

Vous l’aviez déjà remarqué? Mais avez vous alors vu le petit crustacé isopode qui s’est posé sur son dos (aux alentours de 26 secondes après le début de la vidéo)? C’est que l’isopode, lui, n’a pas compris sur quoi il était tombé, pensant surement naviguer sur une branche de cet forêt d’algues pourpres. Au début, il semble que le crabe n’est pas lui même conscient du visiteur qui chemine sur son dos. Mais au bout d’un moment, l’exploration du petit crustacé finit par être remarqué et HOP, un coup de pince et l’isopode finit dans le bidon du crabe! (50 secondes).

Le crabe continue alors son discret remue ménage, à la recherche de nutriments dans les roches et les algues.

Les crabes décorateurs peuvent donc décorer leur carapace de fragments d’éponges, d’algues, de roches… mais ceux que je préfère, ce sont ceux qui se décorent de Zoanthaires: les crabes fleuristes

 

 

‘Le Fleuriste’
Leptopsia setirostris (crabe décorateur) fouillant dans un jardin de polypes de Zoanthus.
Music, Video, and Aquarium
2010 Morphologic Studios

Nous observons un crabe décorateur rouge (Leptopsia setirostris) vivant sur (et décoré avec) des polypes de zoanthaires (Zoanthus sociatus), proches cousins des anémones de mer et des coraux.  Zoanthus signifie littéralement fleur animale en latin. L’espèce sociatus est caractérisée par le fait que ces fleurs animales vivent en société, en groupes denses de polypes identiques. Bien que ce crabe décorateur ait une carapace rouge vif, il va réussir à se camoufler efficacement en piquant quelques polypes avant de les ajuster sur son dos. Les polypes continuent à vivre et grandir, ce qui va améliorer le camouflage au cours du temps. D’ordinaire, il faut environ deux jours pour qu’un polype s’attache fermement sur la carapace du crabe.

Même s’ils ressemblent à des fleurs aquatiques, les zoanthaires sont bel et bien des animaux, en témoigne les mouvements de recul qu’ils ont quand le crabe fourrage un peu trop ardemment près d’eux. Les colonies de zoanthaires peuvent être trouvées sur des coquilles ou encore entre des massifs de coraux, dans des bassins peu profonds.

 

Puisqu’on parle de fleurs-animales, faisons place maintenant à une autre espèce animale qu’un plongeur peu avertit pourrait prendre pour une vulgaire algue: le ver arbre de noël:

 

 

‘Le ver arbre de Noël’
Spirobranchus giganteus

Music, Video, and Aquarium
2010 Morphologic Studios

Les vers arbres de Noël (Spirobranchus giganteus) sont des créatures qu’on trouve en abondance dans les récifs de Floride, et qui construisent leur maisons ou tubes dans des squelettes calcaires de coraux vivants. On peut en trouver de toutes les couleurs et ils mesurent en moyenne de 2 à 3 cm de diamètre. On en trouve généralement une douzaine par massif de corail.

Ils n’utilisent que les vibrations et les variations de lumières pour percevoir leur environnement, mais cela leur suffit pour se carapater à une vitesse prodigieuse à la moindre alerte. L’extrémité de leurs tubes est munie d’un opercule protectif derrière lequel ils peuvent s’enfermer, bien à l’abri. De plus, l’extrémité est doublée d’une pointe calcaire aiguisée afin de dissuader les prédateurs persistants.

La couronne de branchies en spirale que l’on voit dans ce film sert non seulement au ver à respirer, mais également comme à se nourrir. C’est la seule partie du ver qu’il étend à l’extérieur de son tube. Ce panache de branchies appelées radioles, va lui servir à collecter du plancton qui dérive dans le courant. Chaque radiole est bordée de cils qui va diriger le plancton capturé tout le long de la spirale, pour finir dans la bouche du ver. Quelques images d’autres variétés de Spirobranches, pour le bonheur des yeux.

 

Spirobranchus giganteus

 

Spirobranchus giganteus

 

Spirobranchus giganteus 

Spirobranchus giganteus

 

Incroyable non? On dirait de la Science Fiction. Et bien vous ne croyez pas si bien dire!

Si comme moi, vous appréciez beaucoup les films de Science Fiction, vous aurez peut être été frappé par la manière dont certains films se sont très simplement inspirés de la nature pour peupler leurs images de créatures extra-terrestre. C’est le cas des aliens d’Abyss qui ressemblent à s’y méprendre aux cténophores que vous pouvez voir ici, ou encore plus récemment dans le film Avatar, dans lequel James Cameron a tapissé les forêts de Pandora de… Spirobranches:

 

Les étranges fleurs sur Pandora

 

Efficace!

 

Liens:

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