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jeudi, avril 8 2010

Helicoprion, le requin ouvre boite

 

Helicoprion

 

Enfin la fin du mystère du premier avril!  Le requin ouvre-boîte est-il un poisson d’avril?

 

Et bien non!

 

D’une part, les requins ne sont pas des poissons (et encore moins des poissons saisonniers…), c’était donc le premier piège. Les requins font partie de la famille des chondrichtyens (ou “poisson” cartilagineux… bon alors vu qu’il y a poisson dans poisson cartilagineux, je sens que ça va pas être facile d’expliquer d’un coup…). Pour faire simple, si d’un point de vue évolutif, on regroupait les chondrichtyens avec les poissons osseux comme notre bête hareng, alors nous devrions nous même être considérés comme des poissons… Cela veut dire que le dernier ancêtre commun des chondrichtyens et des poissons osseux a également contribué à notre lignage, et qu’on groupe qui rassemblerait tous ses descendants nous embarquerait dans le lot. Dire que les requins font partie des poissons, c’est restreindre le groupe en n’incluant pas tous ses cousins qui se sont adaptés à la vie terrestre sur leurs quatre pattes.

 

Héhéhé, j’arrive pas à croire que j’ai réussi à berner autant de gens à se taper un paragraphe sur de la phylogénie…

 

Bref, trêve de torture, passons au choses sérieuses: poisson ou pas, est-ce que la bestiole ci dessus a bel et bien existé? Et bien oui les amis, et son joli nom, c’est Helicoprion:

 

Helicoprion, AMNH

Helicoprion est un genre de requins (7 espèces au total) qui nageaient dans les eaux du Permien il y a environ 290 millions d’années. Inutile de vous dire qu’il s’agit d’un requin peu commun avec sa dentition en spirale.

Comme je vous en parlais précédemment, les requins avaient déjà habitué les scientifiques à des mâchoires particulièrement impressionnantes puisque la majorité d’entre eux renouvellent leurs dents en permanence. Mais le groupe des Eugeneodontida dont Helicoprion fait partie a laissé les scientifiques pantois face à l’occurrence de fragments de mâchoires en spirale.

C’est d’ailleurs la seule chose que l’on ait retrouvé d’Helicoprion, ce qui rend sa reconstruction particulièrement difficile (en effet, puisqu’il s’agit d’animaux cartilagineux, ils se prêtent mal à la fossilisation, et l’on retrouve très souvent uniquement la mâchoire des requins préhistoriques…) Les dentitions en spirale ne sont connues chez aucune autre espèce de requins, ni chez aucune autre espèce de vertébrés. Voici un petit panel des spécimens retrouvés de par le monde:

 

 

Le premier specimen d'Helicoprion découvert en 1899

On commence par l’holotype, c’est à dire le premier spécimen découvert dans le monde qui va servir de référence pour définir l’espèce découverte. Celui-ci a été découvert en 1899.

 

Helicoprion bessonovi, Paleozoological Museum of China

 

 

USNM 22577 Smithonian NMNH 

Alors le problème bien sûr, c’est qu’avec uniquement cette petite portion du corps retrouvée, il est très difficile de réaliser une reconstruction fidèle. Et c’est pourquoi, en tapant Helicoprion sur la recherche d’images de votre moteur de recherche favori, vous allez tomber sur différentes illustrations comme la maquette et le dessin ci dessus, ou bien encore les dessins suivants:

 

 

Helicoprion bessonovi

 

 

image 

Mais la plus récente reconstruction, et celle qui a remportée de nombreuses opinions scientifiques positives, est celle de Mary Parrish qui a travaillé pour le Smithonian Museum of Natural History. Arguant que la position frontale de l’ouvre boîte aurait créé une sorte de résistance et un mauvais hydrodynamisme, il a été conseillé à l’artiste de placer l’ustensile à l’intérieur de la mâchoire. D’où la représentation suivante:

 

Helicoprion selon Mary Parrish sous la supervision de Robert Purdy, Victor Springer etMatt Carrano

Bon, je sais, c’est moins funky que la maquette du haut. Toujours est-il que le requin est bel et bien équipé d’un ouvre boîte! Et comment l’utilisait-il? Et bien les spéculations vont bon train: peut être se nourrissait-il d’ammonites et avait besoin de cette scie pour éclater leurs coquilles… Ou peut-être gardait-il la gueule ouverte en se jetant sur des bancs de poissons pour qu’ils viennent se planter dans son porte brochette…

 

En tout cas, l’histoire d’Helicoprion illustre parfaitement comment un fossile fragmentaire peut donner du fil à retordre aux conservateurs du musée! Mais également comment la nature nous réserve des surprises, et ce même un premier avril…

 

Références:

 

Bendix-Almgreem, S. E., 1966. New investigations on Helicoprion from the Phosphoria
Formation of south-east Idaho, U.S.A. Biologiske Skrifter undgivet af det Kongelige Danske Videnskabernes Selkab, v. 14, n. 5, pp.1-54, pl. 1-15.
Eastman, C. R., 1900. Karpinsky’s genus Helicoprion. A review. American Naturalist, v. 34, p.           579-582.
Hay, O. P., 1912. On an important specimens of Edestus; with description of a new species,
Edestus mirus. Proceedings of the U. S. National Museum, v. 42, n. 1884, pp. 31-38, pl. 1, 2.
Peyer, Bernhard, 1968. Comparative Odontology. The University of Chicago Press, pp.1-347, pl.1-96
Williams, M. E., 2001. Tooth retention in cladodont sharks: with comparison between   primitive grasping and swallowing, and modern cutting and gouging feeding mechanisms. Journal of Vertebrate Paleontology, v. 21, n. 2, p. 214-226.
Zangerl, R., 1981.Chondrichthyes I: Paleozoic Elasmobranchii. In H. P. Schultze (ed.), Handbook of Paleoichthyology. Gustav Fischer Verlag, New York, 115 pp.

 

Liens:

The Orthodonty of Helicoprion

Helicoprion: an intriguing Puzzle

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vendredi, avril 2 2010

Freaky Friday Parasite: L’effet Damart, ou comment le symbiote du parasite l’aide à affronter l'automne

 

 

La vie d’un parasite est parsemée d’embûches. Que faire par exemple, lorsqu’on est une larve herbivore peinarde en train de se gaver de cellules de feuilles bien vertes, et que vient l’automne. C’est ce problème capital que doit affronter la larve de Phyllonorycter blancardella avant la fin des beaux jours. Phyllonorycter blancardella, c’est un papillon dont voici le portrait à l’état adulte:

 

Phyllonorycter blancardella

 

Phyllonorycter blancardella, Photo © Adriaan Peeters

Mais ce papillon est surtout connu pour les dégâts occasionnés par sa larve (ou chenille).

 

image

 

Ces petites saloperies vont en effet creuser des mines dans les feuilles de nos jolis pommiers, d’où leur nom de chenille mineuse. Constatez les dégâts!

 

chenille mineuse 

En plus, c’est du travail de sagouin ça. Il y a des chenilles mineuses qui travaillent bien mieux que la chenille de Phyllonorycter blancardella:

Dégâts causés par des chenilles mineuses

 

Dégâts causés par des chenilles mineuses 

Comme Phyllonorycter blancardella pond plusieurs fois au cours de l’année, il peut arriver que les œufs, qui sont déposés entre les couches de feuilles de pommiers, éclosent tardivement et que la chenille va voir son hôte feuillu menacer de tomber sans qu’elle ait pu se gâver de bon miam miam. En effet, à l’arrivée de l’automne, les arbres au feuillage caduc vont activement perdre leurs feuilles en les faisant mourir progressivement. Un signe de cette mort est la lente disparition de leur couleur verte causée par la chlorophylle. En fait, ce pigment qui permet la photosynthèse masque d’autres pigments qui vont lentement être révélés au cours de ce processus. Comme dit Wikipedia, source de tous savoirs:

 

Quand l'automne approche, certains facteurs à la fois internes et externes à la plante provoquent un ralentissement du renouvellement chlorophyllien plus important que la vitesse de dissociation de la chlorophylle. Pendant cette période, la synthèse en chlorophylle diminuant graduellement, l'effet de masque s'atténue lentement. Alors les autres pigments qui étaient présents dans les cellules durant toute la vie de la feuille commencent à apparaître. Ce sont les caroténoïdes qui émettent dans des couleurs jaunes, brunes et orange.
Les rouges, les pourpres, et leur combinaisons qui parent le feuillage d'automne proviennent d'une autre famille de pigments appelées anthocyanes. À la différence des caroténoïdes, ces pigments ne sont généralement pas présents dans la feuille au cours de la période de croissance. Ces molécules apparaissent à la fin de l'été.

 

Et ça  donne ça:

 

Arbre en automne

 

 

Feuilles d'érable palmé en automne

 

 

Feuilles d'automne

 

C’est beau! Oui ma la chenille, elle s’en moque comme de sa première chrysalide de la couleur des feuilles. Ce qu’elle veut, c’est que la feuille sur laquelle elle se trouve soit bien vivante et bien verte! C’est ça la dure vie d’un parasite. Dans un précédent article, je vous présentais déjà les prouesses tumorigènes que les parasites végétaux arrivaient à produire en formant les galles. Ici, c’est une toute autre prouesse que Phyllonorycter blancardella va nous produire: la chenille va combattre la mort! Oui oui, là où la chenille passe, la mort… repassera plus tard! Jugez-plutôt:

 

Ilot de verdure

Oui, le petit trou de verdure (où chante une rivière?), sur cette feuille de pommier en train de clamser, c’est bien le fait de notre incroyable parasite. Oui mais comment réalise t-il cet exploit?

 

C’est une équipe française de l’université François Rabelais de Tours qui a trouvé la solution en faisant le raisonnement suivant: sachant que certaines bactéries et champignons sont capables de réaliser ces petits ilots sur des feuilles, peut être que la chenille utilise une bactérie ou un champignon pour pouvoir maintenir son garde manger en bonne santé?

Fort de cette hypothèse, ces chercheurs se sont tout d’abord penchés sur une bactérie très commune parmi les insectes, la dénommée Wolbachia. Pour tester leur hypothèse, ils ont donc réalisé une expérience d’une simplicité déconcertante mais au résultat plus que convainquant: Traiter les chenilles avec un antibiotique pour les “guérir” de leur infection de Wolbachia et voir ensuite l’effet sur les feuilles. Verdict sans appel:

 

Effet de l'application d'un antibiotique sur l'apparition d'îlots verts sur des feuilles jaunissantes

Et l’effet sur les chenilles est terrible: alors que d’ordinaire, 10% d’entre elles meurent de l’infection de Wolbachia, les chenilles “guéries” ont 85% de chance de ne pas parvenir à l’âge adulte! Tu parles d’un moindre mal! D’autant plus que l’infection de Wolbachia passe par une transmission maternelle. Du coup, les quelques rescapées guéries de l’infection de Wolbachia ne seront pas capables de réaliser l’exploit des chenilles infectées et auront toujours des difficultés à survivre au passage de l’automne.

 

Ce qu’apporte Wolbachia à la chenille, c’est la capacité de produire des cytokinines, des hormones spécifiques aux plantes et qui leur permettent de maintenir un haut de niveau de cholorophylle, ainsi qu’un apport constant en nutriments. En d’autres termes, si vous voulez que vos feuilles restes vertes au début de l’automne, trempez les chaque matin dans des cytokinines.

 

La découverte de cette équipe reste cependant nimbée de mystères qui restent à éclaircir: Comment Wolbachia sécrète t-elle ces cytokinines? Comment cette bactérie a-t-elle acquis la capacité de les produire? Les produit-elle vraiment d’ailleurs, ou oblige-t-elle la plante à en produire en surdose?

 

Toujours-est il que contrairement à moi, certaines bactéries ont la main verte (ou le flagelle vert pour les puristes…)

 

Liens:

Article Not Exactly Rocket Science

 

Reférence:

Plant green-island phenotype induced by leaf-miners is mediated by bacterial symbionts, Kaiser et al., Proc. R. Soc. B published online before print March 31, 2010, doi:10.1098/rspb.2010.0214 (PDF)

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