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mercredi, septembre 1 2010

Le derrière flashy d’Arachnocampa

 

Les caves de Waitomo

 

Magnifique ciel étoilé n’est-ce pas? Et si je vous annonçais qu’il s’agit du toit d’une grotte, vous y croiriez? Et pourtant, il s’agit bel et bien du plafond rocheux d’une des grottes de Waitomo, en Nouvelle Zélande. En s’approchant, un peu on peut s’apercevoir de deux choses: d’une part, que ce plafond est recouvert de fins filaments gluants, suspendus à intervalles réguliers…

 

plafond d'une cave de Waitomo

 

filaments gluants suspendus au plafond d'une cave de Waitomo 

filaments gluants suspendus au plafond d'une cave de Waitomo

Et d’autre part, que ces lumières bleutées proviennent du postérieur de larves peu ragoûtantes: des larves du diptère Arachnocampa luminosa. On parle couramment de ver luisant de Nouvelle-Zélande, mais à tort parce qu’il ne s’agit pas d’un ver au sens scientifique du terme, mais bien du stade larvaire (alias asticot) de ces diptères (mouches, moustiques et taons). Par contre pour être luisants, ils le sont bien! Au final, on retiendra peut être le nom maori, Titiwai, qui signifie reflet sur l’eau

 

larve d'Arachnocampa luminosa  

schéma de larve d'Arachnocampa luminosa 

Vous me direz, une fois adulte, ce n’est guère plus charmant…

 

Adulte d'Arachnocampa Luminosa (mâle)

 

Comme bon nombre d’insectes, ce n’est pas sous la forme adulte qu’Arachnocampa luminosa va vivre le plus clair de son temps, mais sous sa forme larvaire. Chez cet insecte, devenir adulte signifie devenir sexué, une étape pendant laquelle il faut copuler le plus vite possible avant de mourir d’épuisement.

 

Cycle de vie d'Arachnocampa luminosa

A l’exception du stade œuf, Arachnocampa luminosa va utiliser sa capacité à produire de la lumière, sa bioluminescence, à chaque étape de sa vie. Mais ce qui est particulièrement intéressant, c’est qu’il va l’utiliser différemment à chaque étape. A l’âge adulte, le but va être de trouver un partenaire facilement. Quand on a trois jours à vivre, mieux vaut pas perdre son temps à demander son chemin, et plutôt foncer sur le derrière lumineux de sa partenaire, même si elle n’a pas fini de sortir de sa pupe:

 

Accouplement d'Arachnocampa luminosa avec une femelle venant juste de s'extirper de sa pupe Accouplement d'Arachnocampa luminosa avec une femelle venant juste de s'extirper de sa pupe

Même la nymphe est lumineuse: suspendue verticalement grâce à un long fil, elle mesure de 15 à 18mm et sera lumineuse jusqu’a éclosion pour la femelle, celle du mâle cessant de l’être 2 ou 3 jours avant l’éclosion. Au contraire, la nymphe femelle éclaire plus brillamment en fin de métamorphose, très vraisemblablement pour attirer les mâles et ceux-ci peuvent attendre à deux ou trois l’éclosion d’une femelle (pervers!).

 

Comment la larve d’Arachnocampa utilise t-elle sa capacité à illuminer son derrière? Réponse narrée par l’inénarrable David Attenborough :

 



Transcription:

Cette grotte stupéfiante se trouve près du village de Waitomo, en Nouvelle-Zélande. Chaque lumière provient du derrière d’une larve qui réside dans un tube transparent de mucus, attaché au plafond par des fils de soie, et est produite par des composés phosphorescents contenus dans un compartiment spécial qui longe ses intestins. La soie provient de glandes situées à l’autre extrémité, à l’intérieur de la bouche de la larve. Les larves se déplacent sur le plafond, en s’aidant de leur soie et en parcourant des dédales de fils. Quand elles arrivent à un endroit qui leur plait, les larves produisent plus de soie, mais cette fois ci, elles laissent le fil pendre vers le bas. Avec chaque section du fil secrétée par sa bouche, la larve ajoute une goutte de glue. Au final, un seul fil peut atteindre une taille d’environ un mètre. Il peut y avoir une centaine de larve dans un seul mètre carré du plafond de ces grottes et elles travaillent dur, produisant fil après fil. Le plus elles en produisent, le plus de chance elles ont d’attraper quelque chose. En dessous, des éphéméroptères viennent d’éclore dans le ruisseau qui traverse la grotte. Elles viennent de l’extérieur et ont été portées dans la grotte par le courant, sous forme de larves. Après leur métamorphose, elles doivent chercher un partenaire sexuel. Mais elles trouvent irrésistibles les lumières bleues qui dansent au dessus d’elles… et elles se font attraper. L’Arachnocampa détecte sa proie qui se débat grâce aux fils des soies rattachés à son piège. Ayant senti une prise, la larve éteint son derrière: cela permet d’économiser de l’énergie.

Laborieusement, elle va cheminer vers le fil d’où proviennent les vibrations. Elle remonte le piège, et dévore ce qui se trouve à son extrémité. Elle mange aussi le filament, ce qui permet d’économiser de la soie.

Cette technique fabuleuse de chasse, est seulement une des très nombreuse façons dont les animaux utilisent la soie. La soie est véritablement un matériau extraordinaire. C’est plus fort qu’un fil d’acier du même diamètre, mais à la différence de l’acier, la soie peut s’allonger jusqu’au double de sa longueur.

 

Tiens et je suis d’humeur généreuse aujourd’hui: j’en mets deux de vidéos! A peu près la même chose qui est racontée, mais avec d’autres images… et du coup impossible de choisir entre les deux…

 

Transcription:

 

Cette galaxie de petite lumières est créé par des milliers de petites créatures. Tous les animaux qui vivent dans une grotte doivent pallier à la complète obscurité qui y réside. Mais en Nouvelle-Zélande, certains ont utilisé cette obscurité à leur avantage. Un filament de soie est baissé depuis le plafond, parmi une myriade d’autres. Aussi beaux soient-ils, ces filaments ont une utilité sinistre. Ceci est un vers luisant des grottes. Pour capturer ses proies, il va à la pêche, avec ses lignes de soie. La soie provient de glandes situées dans la bouche de la larve, et elle est chargée de gouttes de mucus. Chaque larve produit une douzaine de ces fils. Une fois que ces pièges sont prêts, la larve va se placer dans un hamac de mucus, et attendre tel un patient pêcheur. Mais la larve ne laisse pas tout au hasard: cette fantomatique lumière bleue provient d’une réaction chimique qui a lieu dans une capsule spéciale située dans sa queue. La lumière brille de son arrière train: c’est un appât pour attirer ses proies. Des insectes semblent attirés de manière irrésistible vers cette source de lumière et ensuite se font attraper dans les lignes gluantes. Une fois englué, il n’y a plus d’issues. Maintenant, il ne s’agit plus que de rembobiner la ligne, et dévorer la prise… vivante. En capturant les insectes qui éclosent dans cette grotte, ces larves ont donc trouvé une solution au plus grand problème qui se présente aux habitants des grottes obscures: trouver une source sûre, et constante de nourriture.

 

Une autre facette passionnante des Titiwai, est leur histoire évolutive. Dans la famille plus large à laquelle ils appartiennent, les Keroplatidés (inclus dans la famille des Mycetophilidés dont les larves vivent habituellement dans les champignons), on trouve des larves aux comportements différents: certaines sont capables de fabriquer de la soie, mais ne l’utilisent pas comme des lignes à pêcher et d’autres n’en fabriquent pas du tout, certains mangent uniquement des spores de champignons qu’ils récoltent en vivant sous leurs chapeaux alors que d’autres sont carnivores. Le jeu maintenant, c’est de comprendre comment ces caractères sont-ils apparus et surtout dans quel ordre !

Un scénario évolutif probable pourrait avoir cette allure: les premiers mycetophilidés font leur apparition il y a 200 millions d’années, et leur larves vivent à l’intérieur de champignons. Une première innovation caractérisant un petit nombre d’entre eux, est la capacité de sécréter de la soie, et de l’utiliser pour se construire des toiles protectrices. Cependant, ces larves restent se contentent de se nourrir de champignons. Puis certaines d’entres elles innovent encore, et utilisent leur soie pour capturer les spores que les champignons dispersent aux alentours: les premières lignes-pièges sont nées. Le comportement de la pêche est identique à celui des Titiwai actuels: on suspend le piège, on attend un peu, et on réingère la ligne pour récupérer les spores. Pas difficile d’imaginer la suite. Les pièges qui marchent pour les spores doivent marcher très efficacement pour les moucherons alentours! Du coup, dans certaines conditions, les larves qui arrivent à digérer les insectes ont un avantage sélectif immense. On a donc la séquence suivante: production de soie, puis régime carnivore. Le développement d’un organe lumineux, quant à lui, à dû être sélectionné dans les populations de larves vivant dans des milieux obscurs… comme dans les grottes de Waitomo! Avec de tels organes, ces larves pouvaient attirer myriades d’insectes… et de touristes!

 

Liens:

Life in the Undergrowth

Les vers luisants de la Nouvelle Zélande

 

Référence:

Meyer-Rochow VB: Glowworms: a review of Arachnocampa spp. and kin. Luminescence 2007, 22:251-265.

Stringer, I. A. N. 1967. The larval behaviour of the New Zealand glowworm Arachnocampa luminosa. Tane 13: 107-117.

Richards, A. M. 1960. Observations on the New Zealand Glow-worm, Arachnocampa luminosa (Skuse) 1890. Transactions of the Royal Society of New Zealand 88 (3): 559-574.

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vendredi, juillet 16 2010

[Freaky Friday Parasite] Fourmis, Papillons bleus et Guêpes Ichneumides Partie 1/2

 

Dans le monde des parasites, il y a différents degrés de violence. On a vu la semaine dernière que niveau parasitage, les guêpes braconides préconisent plutôt le côté gorissime! Parmi les plus cool, il y a les cleptoparasites, qui vont se contenter de jouer une version élaborée de ‘Je vais dîner chez vous ce soir’! Le principe c’est qu’une maman cleptoparasite va pondre ses œufs mais laisser d’autres parents s’occuper de ses œufs.  Bon, faut dire, c’est pas toujours très propre, hein, comme le poussin du coucou qui va jarter tous les autres œufs de son nid d’adoption. Mais niveau images, ça reste plus supportable. Du coup, la première partie de ce Freaky Friday Parasite risque de moins vous faire vomir que les précédentes éditions (mais gare, le gore guette!).

 

A quoi ressemble un cleptoparasite dans le monde des insectes. L’un des meilleur exemple est le groupe des papillons lycénidés (6000 espèces) dont la majeur partie peut, au stade larvaire, infiltrer les fourmilières pour y être nourri, blanchi et logé jusqu’à leur transformation en adulte. Explications en image:

 

   

Transcription:

Les nids souterrains sont certainement les crèches les mieux protégées. En effet, ils sont très peu facilement attaqués par les parasites. Les fourmis protègent leur nids des intrus avec une grande férocité. Et pourtant ici, dans cette prairie de l’Europe centrale, il y a des fourmilières dans lesquelles des intrus vivent, sans être détectés. Et il y en a un juste ici.

Ceci est la chenille d’un papillon bleu. Et elle a vécu parmi les fourmis, nourrie, logée et protégée par elles, pendant les deux précédentes années. En effet, la chenille a si bien été acceptée par les fourmis, que celles-ci vont préférer la sauver par rapport à d’autres larves pondues par leur reine, comme elles sont d’ailleurs en train de le faire maintenant.

Mais comment ces chenilles pénètrent dans la fourmilière?

Les papillons bleus Alcon commencent leur période nuptiale en juin et juillet. Leur parade nuptiale est très certainement un des plus beaux aspects des prairies estivales européennes, tandis qu’ils volettent entre les fleurs des champs. Les mâles et femelles se rencontrent, et s’unissent. Une fois qu’ils se sont reproduits, la femelle Alcon doit trouver une Jacinthe. C’est là qu’elle pond ses œufs.

Les chenilles, une fois écloses, restent sur les feuilles de la Jacynthe, pendant quelques semaines. Mais finalement, elles tombent sur le sol.

Il y a des fourmis partout dans une prairie comme celle là, et elles ont tôt fait de la trouver. La chenille dégage une odeur identique à celle d’une larve de fourmis et elles vont donc la ramener là où elle devrait se trouver selon elles: dans leur fourmilière. Une autre ouvrière vient d’en trouver une autre. Pendant les prochaines semaines, elles vont en récolter près d’une demi douzaine. A l’intérieur, elles vont être trainées dans la chambre nuptiale, auprès des autres œufs et larves. Et puisque la chenille continue de produire des phéromones imitant les phéromones sécrétés par les larves de fourmis, elle continue à être traitée en tant que telles, même si les chenilles sont plus larges, et d’une couleur différente. Les chenilles imitent même les sons que produisent les fourmis, quand elles quémandent de la nourriture. Donc les ouvrières vont s’appliquer à les nourrir et les nettoyer.

 

Moi, ce que je trouve particulièrement impressionnant dans cette histoire, c’est qu’on est capable de la raconter! Et l’on peut la raconter grâce au travail patient et minutieux d’entomologistes passionnés. C’est d’ailleurs ce genre de travail qui a permis de réellement comprendre le cycle de vie du Grand papillon bleu Maculinea arion, ou Azuré du Serpolet.

 

Maculinea arion, Lee Slaughter

 

En 1979, les Royaumes-Unis déclaraient que l’Azuré du Serpolet avait officiellement disparu de leurs terres, et ce malgré un siècle d’efforts de conservation. Entre 1974 et 1983, une équipe de scientifiques se penchait sur la disparition inexpliquée du papillon, avec à la clé, l’espoir d’un programme de réintroduction. Leur approche: comprendre parfaitement toutes les étapes du développement de l’Azuré, et tous les partenaires qui interagissent avec lui dans son écosystème, pour enfin associer à chaque étape un coefficient de risque et déterminer ainsi quel(s) facteur(s) avai(en)t signé sa perte.

 

Cycle de vie de Maculinea arion

 

Ils ont ainsi pu retracer le style de vie très particulier de l’Azuré du Serpolet. Quand il éclot en Juillet, sa chenille commence à grignoter les feuilles de thym sur lesquelles elle a été déposée, et ce durant trois semaines avant de glisser à terre pour entamer son séjour aux petits soins chez la fourmi Myrmica sabuleti. Pour cela, elle va donc imiter les sons et les odeurs qui vont être reconnues par les ouvrières. Elle passera 10 mois dans la fourmilière avant de faire sa chrysalide et quitter son village-vacance.

 

Donc d’où est venu le déclin progressif des papillons bleus britanniques? Prédation, manque de nourriture, maladie? En utilisant un modèle mathématique prenant en compte 18 facteurs pouvant influencer la population de papillons, cette équipe scientifique a réussi à comprendre parfaitement le jeu d’interdépendances entre les différents facteurs, et à cibler le problème principal: les fourmis. Alors que l’espèce de fourmis préférée de l’Alcon est Myrmica sabuleti, les chenilles doivent également se trouver aux alentours de plants de thym, qui est leur nourriture préférée. Le problème c’est que Myrmica sabuleti avait tendance à ne plus se trouver dans des prairies riches en plants de thym. Pourquoi? Attention, on entre dans le domaine de la prise de tête de compet’. Pour que les fourmis Myrmica sabuleti se plaisent dans une prairie, il ne faut pas que les herbes dépassent 1,4 cm de haut, car sinon, l’ombre créée par les hautes herbes rend le sol trop frais à leur goût. Si le sol est trop frais, elles sont rapidement envahies par d’autres espèces de fourmis qui ont moins besoin de chaleur pour proliférer.

Mais pourquoi, en 1970, les herbes des prairies à thym se sont elles retrouvées à dépasser les 1,4 cm? Encore une fois, c’est un facteur insoupçonnable si l’on ne connaît pas parfaitement un écosystème, car ce qui a chassé à terme les fourmis Myrmica sabuleti de ses plaines à thym, c’est la Myxomatose! Il y a eu une épidémie de cette maladie qui a touché la population de lapin qui maintenait la hauteur des herbes aux alentours d’1,4 cm. Donc qui dit plus de lapins, dit hautes herbes, dit sol froid, dit fourmis qui se barrent, dit papillon qui bat de l’aile... C’est donc le déclin des lapins qui a entraîné cette folle réaction en chaine écologique pour en arriver à la mort des papillons: c’est l’effet papillon inversé!

En plus, quand l’épidémie de Myxomatose fut endiguée, ce fut au tour de l’homme d’y mettre son grain de sel et de véritablement condamner l’Alcon bleu. Croyant vouloir bien faire, des sociétés de protection se sont mis à barricader les rares ilôts où survivaient les dernières populations de papillons bleus. L’idée derrière cette action, c’était de limiter les captures de ces derniers spécimens par des collectionneurs de papillons (les lépidoptéristes). Mais au final, si l’homme ne passait pas, les lapins non plus, et Myrmica sabuleti restait loin des plants de thym!

 

Quand toutes ces études délivrèrent leur résultat, il fut rapidement décidé de lancer des programmes de réintroduction.

52 prairies de thym furent rétablies dans des conditions adéquats à leur colonisation par M. sabuleti. Le programme fut si bien mené que certaines aires abritaient alors des supercolonies, réseau de centaines de fourmilières.

Une fois cette première étape menée, les Royaumes-Unis demandèrent à la Suède de leur faire un don de 12 adultes et 300 chenilles de Maculinea arion pour relancer leur colonisation. A l’heure actuelle, des 30 différents lieux où l’on peut trouver des Alcons bleus en Angleterre, la plus grande population contient de 4000 à 5000 adultes, soit 10 fois plus que le record précédent dans d’autres parties du monde!

 

Le cas de Maculinea arion montre à quel point la trop grande spécificité d’un parasite peut, à terme, lui jouer des tours. D’autres papillons Alcon ont adopté une stratégie plus prudente en parasitant plusieurs populations voire espèces de fourmis. C’est le cas de Maculinea alcon, ou Azuré des Mouillères, espèce très proche de l’Azuré des Serpolets (en témoigne cette image où vous devrez trouver les sept différences avec le cliché précédent).

 

Maculinea alcon, Azuré des mouillères

Contrairement à l’Azuré des Serpolets, Maculinea alcon  ne mange pas du thym, mais de la Gentiane. Comme cette plante est assez rare, on ne trouve Maculinea alcon que dans de rares endroits, où le parasitisme avec les fourmis présentes sera local. Généralement, il s’agit de populations de fourmis rouges Myrmica rubra et Myrmica ruginodis. Une nouvelle fois, la technique adoptée par l’Azuré va être d’imiter les sons et les odeurs des larves de fourmis.

Mais il ne faut pas croire que les fourmis ne vont pas chercher à se défendre. Car cette forme de parasitisme peut être un véritable danger d’extinction pour certaines petites populations de fourmis. Il suffit de quelques chenilles implantées dans la fourmilière pour qu’il y ait un véritable risque de famine, et que la fourmilière ne puisse plus s’occuper assez de ses propres enfants. Il y a donc une pression évolutive énorme sur ces populations, et tout caractère modifié qui leur permettrait d’éviter ce parasitisme va être fortement sélectionné. On dit qu’on rentre dans un exemple de course évolutive à l’armement.

Dans un cas d’école de ce genre de co-évolution: l’espèce de parasite va évoluer de sorte à imiter de mieux en mieux les espèces hôtes, tandis que ceux-ci vont être sélectionnés pour être des plus fins observateurs, ou pour changer leur méthode de discrimination.

Dans le cas particulier de Maculinea alcon, on se trouve dans une situation idéale pour étudier ce genre de phénomène, parce que les espèces de fourmis présentent ont deux modes différents de reproduction.

 

Myrmica rubra 

Dans le cas de Myrmica rubra, les reines copulent essentiellement avec des mâles locaux. Du coup, il s’agit d’un mode de reproduction propice à cette mise en place de course aux armements. Et la théorie est confirmée: la majorité des fourmilières de Myrmica rubra sont peuplées de fourmis qui se parent d’odeurs très différentes des populations de Myrmica rubra qui sont éloignées des plants de Gentianes et qui n’ont donc jamais été parasitées par l’Alcon des Mouillères.

 

Myrmica rugidonis

Quant à Myrmica rugidonis, leurs reines copulent avec des mâles des environs, qui ont traversé plusieurs centaines voir milliers de mètres avant de venir s’accoupler avec ces dames. Du coup, il y a des fortes chances que les mâles proviennent de fourmilières où le parasite n’a jamais été rencontré. Tout caractère avantageux pour la fourmilière localisé près des gentianes à  de forte chance d’être dilué par le flux génétique provenant des fourmilières avoisinantes. Encore une fois, la théorie est renforcée par les observations: pas de changement d’odeurs chez Myrmica rugidonis.

 

Encore mieux, on a même trouvé dans certaines prairies riches en Gentiane, des populations de fourmis Myrmica rubra qui ont tellement changé d’odeur et sont devenues tellement aptes à détecter les chenilles parasites, que celles-ci se sont vu plus aptes à coloniser les fourmilières de Myrmica rugidonis. Il s’agit alors d’un cas classique de course aux armements remportés par l’espèce hôte. Il est même probable que ce changement drastique d’odeur dans cette population de vainqueurs va les séquestrer de toutes les autres colonies, et que de cet isolement va découler une séparation profonde au point de vue génétique: la genèse d’une nouvelle espèce de fourmis, appelé spéciation!

 

Allez, C’est fini pour aujourd’hui! La semaine prochaine, plus d’informations sur les techniques avancées de ces chenilles pour imiter les fourmis… et une revanche sur cette histoire de cleptoparasitisme: qui aurait pu croire que bien à l’abris dans leurs fourmilières d’accueil, les chenilles puissent être tout de même les proies de terribles dangers?

 

Références:

Thomas, J. A., D. J. Simcox, et al. (2009). "Successful conservation of a threatened Maculinea butterfly." Science 325(5936): 80-83.

Pierce, N. E., M. F. Braby, et al. (2002). "The ecology and evolution of ant association in the Lycaenidae (Lepidoptera)." Annu Rev Entomol 47: 733-771.

Nash, D. R., T. D. Als, et al. (2008). "A mosaic of chemical coevolution in a large blue butterfly." Science 319(5859): 88-90.

Barbero, F., J. A. Thomas, et al. (2009). "Queen ants make distinctive sounds that are mimicked by a butterfly social parasite." Science 323(5915): 782-785.

Eastwood, R., N. E. Pierce, et al. (2006). "Do ants enhance diversification in lycaenid butterflies? Phylogeographic evidence from a model myrmecophile, Jalmenus evagoras." Evolution 60(2): 315-327.

 

 

Liens:

Life in the Undergrowth

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