Strange Stuff And Funky Things

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Tag - Squatt du Stagiaire

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mercredi, mai 27 2009

Une maladie Schtroumpfante!

 

Tout le monde (du moins je l’espère) se pose des questions dans la vie. En ce qui me concerne, il en est une qui me taraude les méninges depuis le début de ma carrière estudiantine. Comme tout bon futur biologiste qui se respecte, je suis une loque en immunologie et ai très peu d’affinités pour tout ce qui touche au domaine médical. De plus, les idées anthropocentristes me répugnent et provoquent chez moi une tendance à vouloir remettre en question toutes les disciplines qui s’en rapprochent (médecine y compris). Je me suis donc depuis quelques temps interrogé sur les maladies. La vision imposée par le monde médical est très négative, selon le dictionnaire Vulgaris-médical une maladie est « une altération de l’état de santé, un état morbide dont on connait généralement la cause ». Grossièrement c’est donc quelque chose de mal qu’il faut éradiquer, moyennant une grosse vingtaine d’euros et un passage par la case pharmacie. Alors je me suis demandé s’il n’existait pas des maladies bénignes, sans dangers pour la santé, et qui auraient des effets un peu drôles, voir même avantageux. J’en ai rapidement trouvé quelques unes, par exemple la colonisation de notre système digestif par une flore bactérienne sans laquelle nous serions incapables de digérer normalement (évidement la médecine ne considère pas ça comme une maladie car les bactéries symbiotiques ne sont pas pathogènes, n’empêche que ce sont quand même des bactéries), ou encore l’exemple célèbre de la drépanocytose (anémie falciforme) qui présente un avantage dans la résistance au paludisme. Tout ceci est certes très intéressant mais ce n’est pas funky. Moi, ce que je cherchais, c’était une maladie sympa, gênante mais drôle, un truc qui rende le bout des doigts fluorescent comme E.T ou qui modifie temporairement la vision des couleurs par exemple. Eh bien aujourd’hui, j’ai découvert l’Argyrisme, ou maladie du grand Schtroumpf. Voyez plutôt :

 


L'Argyrisme: la maladie du Schtroumpf

 

Annonçons clairement la couleur (haha) : C’est impressionnant mais vrai, pas de trucage. Heureusement, cette maladie n’est pas dangereuse, il y a probablement quelques désagréments mais globalement rien de mortel ou d’handicapant cité dans la littérature. La coloration de la peau en bleu (ou gris selon les cas) en est le symptôme le plus grave, d’ailleurs, Grand-Schtroumpf a l’air de plutôt bien se porter.

 

L’original (image: Rudy) La copie (image: wordpress)

 

Plus sérieusement, cette pigmentation inhabituelle est provoquée par le dépôt de granules d’argent dans la peau ou d’autres organes. Le phénomène survient lorsque les personnes sont exposées de façon très prolongée (plusieurs mois) à de fortes quantités d’argent ou de produits dérivés. Les particules métalliques ingérées ou respirées entrent dans le système sanguin où elles se lient avec des protéines du plasma (en particulier l’albumine). Elles se promènent ainsi à travers le corps et viennent ainsi se fixer où bon leur semble avec une préférence pour la peau, le foie, la rate et les glandes surrénales (il paraîtrait même qu’elles pourraient se fixer dans les tissus nerveux).

 

Deux coupes histologiques tirées d’un biopsie d’épiderme chez un
patient atteint d’Argyrisme (images: Dermatology online journal)

 

Chez certains la coloration peut même atteindre les yeux, paradoxalement c’est tout de suite moins glamour (image: www.doh.state.fl.us)

 

Par le passé des cas d’Argyrisme ont notamment été recensés chez des ouvriers travaillant dans des usines produisant des dérivés argentiques (nitrate d’argent ou oxydes d’argent utilisés en photographie). Mais, si son nom n’a été cité pour la première fois qu’en 1840 par un certain Fuchs, la maladie est connue depuis le VIIIème siècle. En effet, au Moyen-âge et encore longtemps après (il semble même que ça revienne à la mode aujourd’hui), on se soignait comme on pouvait des maux de tous les jours. Aussi, il existait de nombreux remèdes un peu fantaisistes, des recettes de Grand-mère pour guérir tout et n’importe quoi. Parmi la liste des élixirs miracles des siècles passés, on retrouve l’argent sous de nombreuses formes : métallique pour réaliser des plombages dentaires, nitrate d’argent pour guérir l’épilepsie, feuilles d’argent pour prévenir des infections, gouttes d’arsphénamine d’argent pour lutter contre la syphilis… miraculeux je vous dis. Problème : l’ingestion répétée, ou simplement le contact prolongé avec une grande quantité d’argent peut provoquer des maladies graves (ulcères à l’estomac notamment) ou moins dangereuses (comme l’Argyrisme). Le produit a donc été abandonné par les médecins au profit de médicaments à l’efficacité un peu plus rigoureusement prouvée (émergence des antibiotiques).

 

Mais c’était sans compter sur la résistance de la médecine empirique ! Les Grand-mères se sont organisées dans l’ombre et ont profité de la manne Internet pour monter une vaste opération de trafic de leur « nouvelle médecine naturelle » : l’Argent Colloïdal. Encore mieux que de simplement dealer sa dope, le gang des Mamies vous explique même comment en produire chez vous, à la maison, pénard dans vos charentaises, le chat posé sur les genoux tout en matant le JT sur France 3 Régions (vous imaginez bien que je me refuse à faire de la pub pour ce genre de pratiques, je m’abstiendrai donc de toute explication sur le procédé). Toujours est-il que certains ont adopté la technique et se vantent d’éloigner le médecin sans manger leur pomme quotidienne (pour reprendre l’expression anglaise). Petite ombre au tableau, les personnes suivant ce « traitement » depuis des années ont ingéré (ou appliqué sur leur peau tout dépend) des quantités non négligeables de dérivés argentiques. En conséquence, certaines d’entre elles ont développé un Argyrisme irréversible (eh oui, non seulement on a l’air bête, mais en plus c’est pour toute la vie, un genre de tatouage intégral ridicule). Nous sommes donc en face d’une maladie fort stupide et plutôt funky, une sorte de punition divine pour ceux qui ont voulu jouer au docteur sans aller à la fac avant.

 

Références :

Systemic argyria associated with ingestion of colloidal silver. Akhil Wadhera MD and Max Fung MD. Dermatology Online Journal.

L’Argyrisme sur wikipedia (en anglais)

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lundi, mai 25 2009

Le dard d'amour des escargots

 

Pour continuer sur le sujet du sadomasochisme chez les animaux (hors homo sapiens parce qu’après il faudrait installer un contrôle parental sur le site et on a déjà pas tant de lecteurs que ça), lancé sur ce même blog il y a quelques temps avec les coléoptères, nous allons aujourd’hui parler de gastéropodes et en particulier d’escargots. Comme on vous l’a répété maintes fois depuis tout petit, les escargots sont hermaphrodites (en général dans la cour de récré, ça se case juste entre « les baleines/dauphins sont des mammifères » et « les araignées c’est pas des insectes »). Cependant, ils possèdent certaines particularités, petit topo introductif :

 

 

Snails, sex and slugs:

 

Les gastéropodes sont des hermaphrodites simultanés, c'est-à-dire qu’à l’âge adulte ils possèdent à la fois des organes femelle et mâle fonctionnels. Ils sont donc capables de produire tous seuls des ovules et des spermatozoïdes mais continuent de rechercher des partenaires pour réaliser un accouplement, qui comporte des modalités différentes selon les espèces. Chez certains comme l’escargot Lymnaea stagnalis, l’un des partenaires grimpera sur la coquille de l’autre et fera le mâle tandis que celui du dessous jouera le rôle de femelle. Chez d’autres, comme la limace marine Aplysia californica, organes femelle et mâle sont situés à différents endroits du corps, respectivement derrière et devant dans notre exemple. Les bestioles peuvent donc former des chaines (six individus au maximum, faut pas pousser), fécondant le voisin de devant et se faisant féconder par celui de derrière (quant à ceux des extrémités ils ne peuvent jouer que l’un ou l’autre rôle). D’autres encore choisissent la manière acrobatique. C’est le cas des limaces terrestres du genre limax, qui accrochent leurs corps enroulés à une branche et laissent pendre leurs longs pénis colorés en dessous d’eux. Les deux organes s’enrouleront également l’un autour de l’autre et échangeront du sperme à leur extrémité (voir à ce sujet la très impressionnante vidéo du 2 avril 2009). Une fois ceci fait, la totalité de l’engin sera internalisée et la fécondation proprement dite pourra avoir lieu. Pour l’anecdote, sachez qu’une espèce de limace italienne possède un pénis de 92.5cm, de quoi faire une petite provision d’humilité.

 

Lymnaea stagnalis, le grimpeur
(image: Koene Pieneman)

Aplysia californica
(image : Genevieve Anderson)

 

 

The way of the Samurai snail :

 

Il existe encore d’autres exemples étranges, mais dans cet article nous allons nous concentrer sur un en particulier: celui des escargots escrimeurs (environ 8 familles de gastéropodes pulmonés sur 60). Certains mollusques terrestres sont en effet capables d’enfoncer un dard (ou flèche d’amour) calcaire dans la chair de leur partenaire potentiel avant que ne débute l’accouplement. On imagine difficilement un petit escargot capable d’une telle violence, mais le phénomène est d’une vitesse et d’une puissance impressionnante, il peut parfois même causer de graves blessures à la victime (comme lui transpercer la tête par exemple, voir photo ci-dessous). Pour faire retomber un peu l’adrénalinomètre, il faut tout de même savoir que les escargots visent très mal et ratent leur cible environ une fois sur deux… Mais cela n’enlève rien à la cruauté de la technique. Il existe d’ailleurs plusieurs écoles de planté de dard : L’escargot de jardin, Helix aspersa, est du genre ninja, puisqu’il n’envoie qu’une seule et unique épine qui se détache de son propre corps (pour une vidéo de gros bisous baveux et piquant d'escargots de jardin, cliquez ici). De son côté, l’espèce japonaise Euhadra subnimbosa se la joue plutôt samurai et conserve sa lame acérée pour frapper sa victime de manière répétée (jusqu’à 3.000 coups avec un rythme effréné de plus de 2 par seconde, si c’est pas de l’acharnement ça…).

 

Cornu aspersu 
(image : www.kingsnake.com)

accident de parcours
(image : Ronald Chase)

 

 

L’une des premières questions creusée par les scientifiques à ce sujet est bien évidement : Pourquoi ? Effectivement, si vous essayez de planter un couteau dans le dos de votre petit(e) ami(e) (mais je vous le déconseille vivement), il(elle) risque de ne pas très bien interpréter l’intention. D’ailleurs les escargots, eux non plus, n’apprécient pas plus que ça puisque le taux d’accouplement n’est apparemment pas corrélé avec le fait d’avoir ou non transpercé l’autre de sa flèche. Ce n’est donc pas une technique de drague. Une des hypothèses avancées était que le dard pourrait être un stimulus mécanique capable de favoriser la fécondation. Entre le moment où le sperme du partenaire est internalisé et celui où il féconde effectivement des œufs, il y a de nombreuses pertes dues à la digestion des spermatozoïdes par les enzymes de l’hôte. Selon l’hypothèse mentionnée, le dard déclencherait mécaniquement des contractions musculaires qui diminueraient le contact avec les enzymes en fermant certains canaux sécréteurs, et préserveraient ainsi de nombreux spermatozoïdes.


Plus récemment a émergé une nouvelle hypothèse : celle du stimulus chimique. Le dard est en effet recouvert d’un mucus qui pourrait contenir des substances biochimiques favorisant, elles aussi, la fécondation. Des études récentes montrent en effet que des injections de mucus par seringue hypodermique (sans laisser de flèche plantée dans le corps du récepteur pour limiter au maximum le stimulus mécanique) vont jusqu’à doubler la paternité au prochain accouplement. En réponse à l’injection, la quantité de sperme collectée lors de l’accouplement suivant est fortement augmentée, d’où un plus grand nombre d’œufs fécondés par ces spermatozoïdes. Pour bien comprendre tout ceci, il faut aborder quelques notions de compétition sexuelle. Les escargots, parmi d’autres animaux, possèdent une spermathèque, c'est-à-dire une poche utilisée pour stocker les spermatozoïdes issus de différents accouplements (et donc souvent de plusieurs mâles). Lorsque qu’une nouvelle portée d’œufs arrive, ceux-ci sont donc fécondés par un mélange de spermatozoïdes. Chez les mâles des espèces concernées, toute la compétition réside alors dans le fait de dégager les gêneurs déjà présents pour favoriser les leurs, d’en produire des plus vifs et plus costauds que les précédents, ou encore d’en faire entrer tellement que les autres seront noyés dans la masse, tout ça dans l'unique but d'être le père d'un maximum de rejetons possible. C’est du dernier cas de figure dont il s’agit avec nos escargots. En faisant entrer une grande quantité de leurs spermatozoïdes, les escrimeurs s’assurent une meilleure paternité dans la descendance. Faire l’amour et la guerre en même temps est donc biologiquement chose possible.

 

Pour finir en beauté, voici une galerie d’images en microscopie électronique représentant la variabilité de formes de dards existant selon les espèces. Ce n’est pas de l’art mais ça y ressemble.

 

 Galerie de dards et coupes en microscopie électronique à Balayage
(cliquez pour agrandir)

(image : Koene et Schulenburg)

 

références :

Shooting darts: co-evolution and counter-adaptation in hermaphroditic snails. Joris M Koene and Hinrich Schulenburg (BMC evolutionary biology, 2005).

The snail's love-dart delivers mucus to increase paternity. Ronald Chase and Katrina C Blanchard (Proceeding of the Royal Society Biological Sciences, 2006)

Page scholarpedia du professeur Ronald Chase.

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