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Freaky Friday Parasite

[Freaky Friday Parasite] Fourmis, Papillons bleus et Guêpes Ichneumides Partie 2/2

Deuxième volet de notre exploration  des techniques de cleptoparasitisme des chenilles des papillons bleus… et de leurs déboires.
Dans le premier volet, vous avez pu être surpris par l’acharnement avec lequel les fourmis s’occupait des chenilles des papillons Alcons. Le fait que les fourmis puisse traiter la chenille comme une de leurs larves peut être expliqué par le fait que la chenille sécrète une phéromone similaire à celle des larves de fourmis.
Mais chez certaines de ces chenilles, comme Maculinea rebeli ou Azuré de la croisette, la pension complète prend des allures de cure de Thalasso!

Maculinea rebeli, Azuré de la croisette

En effet, comment expliquer le fait que les ouvrières, en cas d’attaque, vont préférer sauver les chenilles de l’Azuré de la croisette par rapport à leurs propres larves. Pire encore: en cas de disette, les fourmis nourricières vont même jusqu’à sacrifier leurs propres larves pour nourrir les chenilles affamées!
Dans une fourmilière, un seul individu peut légitimement recevoir ce genre de traitement: la reine.
Alors comment se débrouille la chenille pour obtenir ce traitement royal? Elle chante!
Oui, oui, même dans la fourmilière, le Star System peut prendre le pas pour désigner qui va recevoir le meilleur traitement. Dans le sombre monde de la Fourmi Academy, la manière dont on chante va définir le comportement de la foule. Prenez, une ouvrière: elle peut chanter la brave, mais quand elle pousse la chansonnette, les autres fourmis vont simplement aller vers elle pour savoir ce qu’elle veut en lui donnant des petits coups d’antennes. On peut d’ailleurs obtenir le même comportement en utilisant un haut parleur près des ouvrières. Reproduisez le son d’un ouvrière, et les fourmis viendront tapoter de leurs antennes le haut parleur. Par contre, si vous passez le dernier tube de la reine, alors là le comportement est totalement différent: les ouvrières s’agitent beaucoup plus et adoptent une posture de garde à vous! Et bien après avoir enregistré les sons émis par la chenille Maculinea rebeli et retransmis l’enregistrement près des fourmis de l’espèce Myrmica schencki, le résultat est identique à celui qu’aurait eu le passage d’une chanson de véritable reine de fourmi.
Le plus incroyable dans cette histoire, c’est que la reproduction de ces sons se fait chez la chenille en utilisant des organes totalement différents de ceux des fourmis. Plus fou encore: la chenille ‘change d’instrument’ au cours de son développement!
Encore une fois, on l’a vu, les techniques de cleptoparasitisme des Azurés sont extrêmement sophistiquées! Et lorsque ces chenilles sont traitées telles des hautes dignités de la hiérarchie fourmi, difficile de croire qu’elles peuvent être inquiétées par quoi que ce soit…
Et pourtant, encore une fois, ces salopes de guêpes (qui ont déjà sévi ici et ) sont là pour traumatiser ces pauvres chenilles. Mais comment arrivent elles à se faufiler dans une fourmilière pour pondre leurs larves dans leurs victimes? Réponse en image:

Transcription:
On pourrait penser que cette chenille s’est très bien protégée en trompant ses fourmis. Mais la vie dans les sous-bois, peut être pleine de surprises.
Une guêpe Ichneumide. Elle aussi, comme la chenille de l’Alcon, veut se frayer un chemin dans la fourmilière, mais pas pour y trouver un logis: elle a des projets bien plus sinistres. D’une manière inconnue, dans une prairie remplie de fourmilières, la guêpe peut déceler laquelle d’entre elles contient des chenilles d’Alcon. Et celle là, semble en être une. Une fois à l’intérieur, les fourmis se mettent à l’attaquer, comme on s’y attendrait, mais soudain, le comportement des fourmis change: c’est la zizanie. La guêpe a sécrété une phéromone qui fait que les fourmis s’attaquent entre elles. Alors que les défenseurs se battent entre eux, la guêpe peut s’enfoncer plus profondément dans la fourmilière. Elle atteint la crèche, où se trouve la chenille. Maintenant, elles sont sans défense. Les guêpes se mettent alors à injecter dans chacune, un œuf. Quelques fourmis font de leur mieux pour l’en empêcher, mais leur résistance est futile. Alors que la majorité des fourmis continuent de se battre entre elles, la guêpe trouve une autre chenille. Un autre œuf est pondu. La guêpe s’enfuit.
La guêpe une fois partie, la colonie retrouve peu à peu son calme. Les chenilles sont toujours là, apparemment indemnes, et les fourmis continuent à s’occuper d’elles. Une fois que les chenilles sont complètement développées, chacune commence à construire sa chrysalide, qui la protège, alors qu’elle se transforme en adulte. Chaque chrysalide est nettoyée et traitée par les fourmis comme s’il s’agissait de l’une de leurs propres pupes. L’une d’entre elles commence à éclore. De l’intérieur s’extirpe un papillon bleu. Il quitte son foyer d’adoption. A l’air libre, ses ailes engourdies peuvent se déplier. Et maintenant, il est prêt à voleter et parader exactement comme ses parents avant lui.
Et les fourmis sont toujours bernées par les traces de phéromones qui restent hanter la coque vide qui est restée dans la fourmilière. Mais il reste d’autres chrysalides dans le nid qui n’ont pas encore éclos. Et de cette chrysalide sort, non pas un papillon, mais une guêpe. Un ensemble de capacités, de possibilité de perception et d’instincts est gravé dans le microscopique cerveau de ce minuscule insecte et lui permettra, à son tour, de donner à sa progéniture un départ particulier dans la vie. Elle peut détecter ce qui est pour les fourmis totalement indétectable. Elle peut connaître la différence entre une larve de fourmi, et une chenille de papillon. De plus, dans une prairie remplie de fourmilières, elle va être capable de trouver celle qui contient la chenille de l’Alcon. Comment elle réalise cet exploit, nous n’en savons rien. Donc il semble que parmi les animaux des sous-bois, il y a de nombreuses relations d’entre aide mutuelles, mais le profit unilatéral, et la tromperie, marchent très bien également.


Vous l’aurez donc compris, la technique avancée de la guêpe Ichneumon eumerus est de semer la zizanie dans la fourmilière. Pour confirmer qu’une partie de ce comportement est dû à des sécrétions chimiques, des chercheurs ont utilisées les pupes vides des chenilles parasitées (d’où ont donc émergé les jeunes guêpes parasites) pour observer le même comportement de combat entre fourmis lorsqu’elles étaient déposées dans des fourmilières de laboratoire. Les restes de pupes lavées n’avaient pas le même effet. Après analyse, une équipe a trouvé 4 composés chimiques cruciaux qui, aspergé en cocktail (molotov) sur les fourmis, les rendent complètement soricides.
Aubaine pour nous humains, pour développer un moyen ‘propre’ de se débarrasser de quelques fourmilières trop proches d’habitations humaines… Mais aussi de développer des programmes de conservation pour tenter d’endiguer la disparition des guêpes Ichneumon eumerus qui, du fait de leur grade spécificité, ne se retrouvent plus que dans quatre prairies à travers le monde…

Références:
Thomas, J. A., J. J. Knapp, et al. (2002). "Insect communication: Parasitoid secretions provoke ant warfare." Nature 417(6888): 505-506.

Liens:
Life in the Undergrowth
Articles Not Exactly Rocket Science (1, 2 et 3)
Article the Independent
Article National Geographic

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