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Freaky Friday Parasite

Plantes Parasit(é)es

J'ai préparé cette chronique pour l'émission de Podcast Science Radio dessinée numéro 376 qui s'est tenue dans le Jardin Botanique Jean-Marie Pelt de Nancy, et dont le titre était "Les plantes ne comptent pas pour les prunes". Vous pouvez écouter ma chronique via le player ci-dessous ou en suivant ce lien pour accéder directement au début de celle-ci.

Je vous invite fortement cependant à écouter l'intégralité de cette fantastique émission qui a été brillamment préparée par Eléa Héberlé et qui a été découpée en 3 parties : une première contenant l'interview de Katia Astafieff, directrice adjointe du Jardin Botanique. Une seconde où j'ai ouvert le bal, suivi par Claire Josse, Brusicor et Christophe Rodo, neuroscientifique et créateur du Podcast “La tête dans le cerveau”. Et enfin une troisième où se sont succédés Robin Jamet, Quentin de la chaine Human Trail, Thomas Durand de la chaine La Tronche en Biais et Cloé Villard.
Vous pouvez suivre les diapositives qui étaient diffusées lors de mon intervention pendant l'écoute de ma chronique :

À moins que vous ne préfériez une lecture à votre rythme, auquel cas la suite de ce billet est faite pour vous :

Diapositive d'introduction "Les Plantes Parasit(é)es
Quand on évoque les parasites, les images qui nous viennent souvent en tête, sont celles, atroces, de créatures vermiformes s’insinuant dans les recoins de notre anatomie.
Des minuscules oxyures qui errent dans la région péri-anale des bambins,

Oxyures
aux gigantesques vers solitaires qui prospèrent tout le long des 8 mètres de nos intestins,

Ver Solitaire
en passant par les larves de mouches à myiases, ces terribles mouches dont les larves s’invitent dans notre derme pour y causer des lésions qu’on appelle des myiases…

Ver Macaque
Bref, la liste cauchemardesque des parasites est longue.

Comme vous l’avez compris, cette émission radio-dessinée a notamment pour mission de nous guérir de la cécité aux plantes (la fameuse “plant blindness” comme disent les anglo-saxons ou Eléa lors de ces chroniques sur Podcast Science). Avec la liste précédente de parasites qui s’attaquent à des animaux, on pourrait se demander si, les parasites aussi, souffrent de cette cécité?


Amateurs de parasites, n’ayez crainte : les plantes aussi sont sujettes au parasitisme. Il suffit de prendre le point de vue des parasites pour mieux comprendre : vous croyez sincèrement que le véganisme n’existe que chez les humains? Détrompez-vous! De la même manière qu’il existe des carnivores et des herbivores, il existe des parasites amateurs de chair fraîche mais aussi des parasites lui préférant des tissus végétaux : les phytoparasites.
Les vers parasitaires affligeant les plantes peuvent être étonnamment similaires à ceux qui persécutent les humains. C’est le cas par exemple des infâmes oxyures, ces vers parasitaires des humains, lorsqu’on les compare avec les vers nématodes phytoparasitaires du genre Heterodera qui malmènent nos plantes cultivées.


Ces deux types d’espèces appartiennent au grand groupe des vers ronds, autrement appelés vers nématodes, et ont sensiblement la même apparence de petits bouts de fils qui vont, dans un cas, grignoter la matière organique dans le bout du tube intestinal des enfants, et dans l’autre se repaître des racines de plantes comme le soja, la betterave ou encore les plants de pomme de terre.
Plus tôt, j’évoquais les larves de mouches à myiases et je comprends très bien les auditeurs qui auront tressailli à leur seule mention... En effet, parmi ces mouches, existe l’espèce Dermatobia hominis dont les larves portent le nom de vers macaques. Et il me suffira d’évoquer leur modus operandi (leur mode opératoire pour les latinophobes) pour convaincre les profanes de l’horreur qu’il faut éprouver lorsque leur nom est prononcé.
Notre histoire d’horreur commence lorsqu’une femelle gravide veut trouver un milieu douillet pour la croissance de ses bambins. Pour trouver la pouponnière idéale, elle s’en référera aux goûts d’un moustique qu’elle va capturer et sur lequel elle va accrocher ses œufs en grappe sur l’abdomen.


Le moustique va continuer son train de vie habituel et se mettre en quête d’un humain et plus particulièrement de son sang. C’est d’ailleurs la température de ce sang qui va déclencher l’éclosion des larves de mouches qui vont pénétrer la peau de l'hôte à l’aide de leurs mandibules. Bien installée dans les tissus du derme dont elle va se nourrir, la larve peut y rester 1 à 3 mois. Le furoncle ainsi formé est béant et on peut y deviner la forme de l’asticot qui y loge dont la longueur peut atteindre 2 cm et qui doit continuer de respirer. À maturité, l’asticot sort du furoncle pour s’enterrer dans le sol et y réaliser sa métamorphose. Après 2 à 3 semaines la métamorphose aboutit à une nouvelle mouche prête à se reproduire.

Cette description vous a donné des sueurs froides? Bien! Vous êtes donc dans les meilleures prédispositions empathiques pour envisager le calvaire que vivent les plantes victimes des mouches à galles comme les terribles moucherons de la famille des Cecidomyiidae.
Quand je travaille sur des inventaires forestiers sur le terrain avec mes étudiants, j’aime bien leur montrer des feuilles de hêtre sur lesquels semblent avoir poussé des sortes de structures en forme de pépins de citron.

Galle du Hêtre
Ramenées au laboratoire et disséquées, ces structures se révèlent être l’équivalent des furoncles abritant des vers macaques. Car ces excroissances sur les plantes sont en réalité des galles appelées encore cécidies : l’équivalent de nos myiases. Et ces galles de l’hêtre sont ici l’œuvre des asticots de l’espèce Mikiola fagi, la cécidomyie du hêtre.

Mikiola fagi, la cécidomyie du hêtre
Après la reproduction des adultes au tout début du printemps, les femelles déposent des œufs en grappe sur les bourgeons. Les minuscules asticots qui en éclosent naviguent instinctivement jusqu’aux feuilles en développement et commencent à grignoter les tissus. Cela provoque une réaction des cellules des feuilles embryonnaires qui se mettent à se diviser et, malgré elles, à construire le couffin (et le garde manger) du vorace asticot.
Les galles des plantes, ces excroissances anormales, sont produites par une grande variété de parasites: virus, vers nématodes, acariens, champignons, bactéries, etc. Mais les parasites champions de ce type de méfaits, ce sont les insectes dits galligènes ou cécidiogènes (des insectes capables d’obliger la plante à construire une galle pour qu’ils puissent s’y installer). Les insectes qui vivent dans les galles sont alors dit gallicoles, mais, astuce, tous les insectes gallicoles ne sont pas nécessairement galligènes. Une explication s’impose et pour planter le décor (haha), je vous propose de nous intéresser aux chênes.
En effet, parmi les plantes susceptibles de former des galles, les chênes sont assez réputés pour êtres de bonnes victimes qui se font bolosser notamment par de petites guêpes de la famille des Cynipidae qui vont créer des galles sur leurs tiges, leurs feuilles ou encore sur leurs glands.


Mais d’autres guêpes, comme celles appartenant à la famille des Torymidae, pratiquent l’hyperparasitisme et vont parasiter les larves de guêpes parasites qui ont créé ces galles sur le chêne : Inception de Parasite! A l’aide d’un organe qu’on appelle l’ovipositeur, et qui chez ces guêpes est renforcé avec du Zinc ou du Manganèse, elles forent la paroi boisée de la galle jusqu’à pondre à l’intérieur de l’asticot qui s’y développe.


À la liste d’êtres vivants susceptibles de parasiter les plantes, il ne faut pas non plus oublier… les plantes elle-même! J’imagine que le premier exemple qui vous viendra à l’esprit c’est le gui qui pousse sur certains arbres et vole de la sève brute : on dit alors qu’il s’agit d’une plante hémiparasitaire car elle continue d’être en mesure de produire de la chlorophylle et de réaliser de la photosynthèse.


Parmi les plantes hémiparasites, j’avoue avoir un faible pour les cuscutes, un groupe de plantes parasitaires qui sont capables de détecter l’odeur de leurs victimes et puis de s’enrouler autour d’une ou plusieurs plantes hôtes.


Elle utilisent des structures appelées des haustoriums pour, tels des vampires, sucer la sève des pauvres plantes étranglées.


Mais certaines plantes deviennent de parfaits parasites et délaissent complètement leur capacité à réaliser de la photosynthèse : on les appelle alors des plantes holoparasites. C’est le cas par exemple des parasites de lianes du genre Rafflesia. Ces “plantes” ne possèdent presque plus aucunes structures caractéristiques de leur domaine car elles sont dépourvues de racines, de tiges et de feuilles. Elles ressemblent à des filaments insérés dans les tissus de leur plante hôte et la seule structure qui les font ressembler à des plantes, ce sont leurs fleurs. Et encore, difficile de considérer les fleurs de Rafflesia comme des fleurs classiques car nous avons à faire ici à des structure pouvant atteindre 1 mètre de diamètre pour près de 10 kilos et qui sentent la chair en décomposition pour attirer leurs pollinisateurs.


Les plantes parasitaires qui surprennent le plus, ce sont peut être celles qui arrivent à parasiter les animaux. Chez les orchidées du genre Ophrys, la pollinisation n’est pas un échange de bon procédé comme on peut le voir souvent entre les abeilles qui butinent volontiers des fleurs en échange de gouttes de nectar. Les Ophrys ont trouvé un moyen de transporter leur pollen sans dépenser des ressources à accumuler du nectar. Leur astuce, c’est de se parfumer à l’odeur d’abeille femelle, et que leurs pétales ressemblent grosso modo au thorax et aux ailes d’une envoûtante femelle abeille.


Des mâles sont attirés de manière irrépressible vers la source de cette odeur, et, installé sur la fleur, commencent à tenter de se reproduire avec. Les mâles sont récompensés de leur ardeur par un fardeau de pollen, des pollinies, qui viennent se coller sur leur dos ou leur arrière train.


Penauds, ils s’envolent jusqu’à rejoindre une autre fleur au parfum irrésistible, qu’ils auront tôt fait de féconder avec leur sac de pollen parasite.


Ces plantes ont donc parasité l’amour.
Mais je voudrais finir cette chronique avec l’exemple le plus narquois de parasitisme chez les plantes. Il s’agit de l’exemple de la plante Cassytha filiformis, qui ressemble superficiellement à une cuscute et partage son goût pour la sève sucée, comme celle des chênes. Vous vous rappelez, ces fameux chênes déjà victimisés par de nombreuses espèces de guêpes parasitaires galligènes comme celles de la famille des Cynipidae. Et bien Cassytha filiformis est tellement avide de sève qu’elle semble privilégier ses attaques sur des galles formées par la guêpes Belonocnema treatae.


Les petites larves de guêpes qui s’y développent sont alors sérieusement en danger de se retrouver momifiées par la lente succion de cette terrible plante parasitaire.
Et comment espérer meilleure conclusion à cette chronique que cette histoire de parasite parasité à la sauce chlorophyllienne.

Comme à chaque fois émission radio dessinée organisée par Podcast Science, des illustrateurs ont live sketché l'évènement et voici donc les œuvres qu'ont réalisé Phiip, Adrien, alias Ernst, Cloé Villard et Agatha Bazin-Liévin pendant ma chronique :

Par PhiipPar PhiipPar PhiipPar Agatha Liévin BazinPar Agatha Liévin BazinPar Agatha Liévin BazinPar CloCloMonoPar Adrien Demilly, ErnstPar Adrien Demilly, Ernst

Références :

Egan, S. P., Zhang, L., Comerford, M., & Hood, G. R. (2018). Botanical parasitism of an insect by a parasitic plant. Current Biology, 28(16), R863-R864. doi: 10.1016/j.cub.2018.06.024

Liens :

Article Krulwich Wonders
Eurekalert
Article The Atlantic
Article The Artful Amoeba
Article KQED Science

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