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Freaky Friday Parasite

[Freaky Friday Parasite] Pas de chance! Parasité ET zombifié...

D'abord, des excuses s'imposent: oui, je sais j'ai eu une grosse panne d'inspiration en prénominant la catégorie hebdomadaire concernant les parasites "Parasitons le Vendredi". C'est quand même super pas funky... Donc, réparation immédiate: je rebaptise cette catégorie le Freaky Friday Parasite ! (Ça en jette ou bien?).
Ayant fini de préambulé, passons aux choses sérieuses...
Parmi les parasites les plus dégueulasses, il existe une grande équipe de championnes: les guêpes parasitaires. Entre les dizaine de milliers d'espèces de guêpes, de très nombreuses profitent de larves d'autres insectes pour y pondre leurs œufs. En effet, quoi de mieux pour que leur progéniture se développe tranquillement, avec cette nourriture à foison. Autant vous dire que je parlerai souvent de guêpes parasitaires dans cette nouvelle rubrique!
Le problème avec ce système de parasitage, c'est d'une part que la chenille (la larve des papillons) ciblée doit tenir le coup le temps de la croissance complète des larves de guêpes, mais d'autre part, que les guêpes subissent une métamorphose (la pupaison) qui doit le plus souvent avoir lieu en dehors de la chenille, histoire de tisser un cocon, et qui laissent les pupes immobiles, une proie très facile pour les oiseaux ou les autres insectes. La guêpe braconide Glyptapanteles utilise un mécanisme incroyable pour assurer la sécurité de ses larves. Présentons d'abord les différents protagonistes: voici en premier le parasite, la guêpe Glyptapanteles



Viens ensuite le tour de la victime, le papillon géométridé Thyrinteina leucocerae dont voici le stade adulte:



Mais lorsque Thyrinteina leucocerae est parasité par Glyptapanteles, il n'atteindra jamais sa forme adulte. En effet, c'est lorsqu'il se trouve sous forme de chenille qu'il intéresse la guêpe. Alors que la chenille est tranquillement en train de saccager nos champs en rongeant les feuilles des plantations, Glyptapanteles va rapidement pondre ses œufs dans le corps de la chenille. Le premier exploit, c'est que ni la ponte (de 80 œufs en moyenne), ni la croissance des larves (qui dure deux semaines), ni la sortie des larves prêtes à la pupaison, ne vont achever la chenille (et pourtant, elle subit des dommages conséquents en déchirant sa cuticule). Mais le second exploit est totalement incroyable: la chenille, qui s'est fait littéralement dévoré partiellement de l'intérieur reste près des pupes pour les protéger!



Ce comportement incroyable est connu et documenté depuis assez longtemps, mais récemment l'équipe d'Amir Grossman a rigoureusement quantifié l'effet de cette stratégie. Pour mieux comprendre le phénomène, ils ont reproduit en laboratoire le parasitage et comparé le comportement de chenilles parasités avec celui de chenilles indemnes, en présence d'un prédateur naturel des pupes ET de la chenille, la punaise Supputius cincticeps. Le mieux, c'est de le comparer en image:


Comportement de la chenille indemne face au prédateur

Réaction de la chenille parasitée face à un prédateur


C'est le choc. Non seulement il s'agit d'un comportement nouveau que la chenille ne semble pas capable d'effectuer quand elle est en danger, mais en plus ce comportement est très efficace! L'équipe a estimée, en milieu naturel et en laboratoire, que la survie des pupes était très nettement augmentée (d'environ 60%) quand la chenille exhibait ce comportement (estimée en enlevant les chenilles gardiennes près des pupes en milieu naturel, et par des observations plus fines en laboratoire). D'où vient ce comportement? Les travaux de l'équipe d'Amir Grossman ont permis de rejeter plusieurs hypothèses. Ainsi, vous pouvez remarquer qu'il ne s'agit probablement pas de signaux émis par les pupes (la chenille non parasitée ne présente pas ce comportement alors qu'elle est placée près de pupes). Les blessures ne sont pas non plus la source du comportement, et il est peu probable que la maman guêpe ait pu diffuser un signal capable de déclencher un comportement deux semaines plus tard. En fait, en disséquant la chenille parasitée après la sortie des larves, ces chercheurs ont trouvé qu'une ou deux larves restaient systématiquement dans la chenille, et qu'il est probable qu'elles soient la source de ce comportement, s'étant sacrifiées pour la survie de ses sœurs. C'est un résultat très intéressant, sachant que toutes ces larves sont jumelles, partageant exactement le même patrimoine génétique. Les processus moléculaires impliqués dans la formation de castes chez les guêpes (faisant partie des hyméoptères, la famille de nombreux insectes sociaux comme les fourmis et les abeilles) doivent être ainsi impliqués pour ségréger une partie des larves qui seront spécialisées dans la zombification de chenille. Bien que les mécanismes de ce changement de comportement ne soient pas compris, il s'agit d'un travail qui caractérise réellement l'impact de celui-ci pour la survie de l'espèce parasite.

Lien:
Not Exactly Rocket Science


Références:
Grosman, A.H., Janssen, A., de Brito, E.F., Cordeiro, E.G., Colares, F., Fonseca, J.O., Lima, E.R., Pallini, A., Sabelis, M.W., Raine, N.E. (2008). Parasitoid Increases Survival of Its Pupae by Inducing Hosts to Fight Predators. PLoS ONE, 3(6), e2276. DOI: 10.1371/journal.pone.0002276

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