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Le Mercredi on Converge

[Le Mercredi, on converge] Les Mammifères qui retournent à la flotte

Quand on vous parle de mammifères marins, avouez que vous avez plutôt en tête Flipper et son ami Willy (des cétacés) plutôt qu'un ours polaire... Et pourtant, phoques, otaries et ours sont à inclure parmi les mammifères marins. Mais admettons qu'on se restreigne à ne parler que de mammifères inféodés au milieu marin (qui y font tout leur cycle de vie, de la naissance à la mort, sans passer par la terre ferme), est-ce qu'on retrouverait alors que des cétacés? Si c'était le cas, alors les deux images suivantes représenteraient des animaux appartenant au même groupe et ils seraient proches cousins:





Bon j'avoue, la ressemblance n'est pas frappante pour une fois. Contrairement aux autres convergences évolutives que j'ai pu présenter auparavant, l'aspect morphologique permet assez bien de se rendre compte que ces deux espèces sont issues de groupes phylogénétiques distincts. Par contre là où la surprise peut attendre le lecteur, c'est quand on met côte à côte les véritables cousins respectifs de ces animaux. En effet, le lamantin appartient au groupe des siréniens qui comprend également les dugongs, et qui sont très proches des... éléphants:



Et par contre, les espèces de cétacés se regroupent dans une grande lignée qu'on appelle les cetartiodactyles et les animaux actuels les plus proches des cétacés sont les hippopotames!

Marsouin Hippopotamus amphibius

Donc de manière totalement indépendante l'histoire évolutive de ces mammifères marins est partie d'ancêtres terrestres pour arriver aux formes qu'on observe aujourd'hui. L'adaptation au milieu aquatique a entrainé des pertes et des gains de caractéristiques communes. Ainsi, siréniens et cétacés ont perdu leur membres postérieurs. Cette perte, comme pour les tétrapodes sans pattes, a laissé des traces comme un bassin toujours présent chez les lamantins, et un bassin voire des membres postérieurs vestigiaux chez les cétacés. C'est une régression assez récente par rapport aux serpents, et parfois, ces membres peuvent réapparaitre de manière assez surprenante comme ce dauphin qui présentent deux petites pattes postérieures:

hindflippers

Leur corps est hydrodynamique, bien que celui des cétacés l'est peut être plus que celui des siréniens, sachant que seuls les cétacés plongent activement (en nageant), alors que les siréniens coulent en diminuant la taille de leurs poumons (et ce ne sont pas de grands plongeurs.
Siréniens et cétacés possèdent une nageoire caudale. Il s'agit d'un repli cutané avec une crête médiane non osseuse, qui prend la forme d'une palette chez les lamantins, et d'un triangle chez les dugongs et les cétacés:



Ces mammifères marins possèdent des membres antérieurs (les mains et les bras si vous voulez) qui prennent la forme d'une palette natatoire (que c'est joliment dit pour dire pagaie...). Les cétacés sont enclins à l'hyperphalangie (c'est à dire que l'on observe le multiplication du nombre de phalanges) alors que les siréniens possèdent des phalanges en nombre courant parmi les mammifères.



Par contre, si on observe attentivement les palettes natatoires des lamantins, on peut retrouver des structures qui évoquent sa parenté avec les éléphants:


Et puis il y a aussi la perte des pavillons auriculaires pour ces animaux, ce qui peut être assez compréhensible pour ceux qui sont proches des hippopotames, mais assez paradoxal quand on considère que le siréniens sont proches cousins des éléphants...
Au final, c'est un bon nombre de caractéristiques communes, analogues, mais issues d'adaptation indépendantes, qui rapprochent les siréniens des cétacés. Leur histoire évolutive est vraiment passionnante et j'en parlerai certainement de nombreuses fois, mais pour aujourd'hui, je finirai sur une note triste et nostalgique en évoquant une espèce de siréniens qu'aujourd'hui, si l'humain était pas un poil plus réfléchi, on pourrait voir nager près de nos côtes (le mastodonte de 4 tonnes pour 7 mètres en bas du dessin) :



Observé pour la première fois en 1741, Rhytina gigas ou Hydrodamalis gigas fut chassé activement, chasse qui a précipité son extinction moins de 27 ans plus tard, en 1768, quand le dernier spécimen était tué.

Liens:
Article Pharyngula sur le dauphin a quatre nageoires.

Les autres convergences:
Les tétrapodes apodes
Les plantes qui piquotent
Les animaux qui piquotent
Les mammifères qui planent
Les céphalopodes à bec de perroquet et yeux de vertébrés
Les loups marsupiaux

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