Au pays des Sumos, les méduses entrent dans la compétition

Vous vous rappelez éventuellement du lac aux méduses, ce lac en République des Palaos où nagent des centaines de milliers de méduses. Dans le même genre, les japonais s'enorgueillissent (j'ai mis une bonne minute à me rappeler de la bonne orthographe de ce mot...) de posséder des méduses parmi les plus grosses au monde, j'ai nommé les Nemopilema nomurai ou méduse de Nomura (Echizen Kurage pour les japonais). Forte de son joli tour de taille de 2 mètres de diamètre et un poids de 220 kilogrammes, cette méduse nippone n'a rien à envier aux sumos (elle possède en plus une prise secrète pour paralyser son adversaire, ces nématocystes capable de provoquer des lésions très douloureuses et qui peut être létale pour des nageurs pris de suffocation)...

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Nemopilema nomurai



Paradoxalement, la titanesque méduse a commencé son parcours en n'étant pas plus grande qu'un grain de riz. C'est l'occasion rêvée pour s'étendre un peu sur le cycle de vie des méduses:



Bien souvent, nombreux sont ceux qui imaginent que les méduses sont l'unique forme que peuvent adopter ces organismes. Bien que ce soit vrai pour certaines méduses, la grande majorité d'entre elles possèdent un cycle de vie complexe où la forme "méduse" ne constitue que la forme sexuée de l'animal (celle qui est capable de relarguer des gamètes mâles ou femelles pour réaliser la reproduction sexuée). Après reproduction, les gamètes réalisent la fécondation et donnent rapidement une petite larve qu'on appelle planula. Cette petite larve ciliée va nager jusqu'à rencontrer un socle solide sur lequel elle va se métamorphoser pour donner un polype, une forme fixe reliée au support par un pédicule et qui se nourrit en filtrant l'eau à l'aide de tentacules. D'ailleurs voici le polype de Nemopilemai nomurai:


Il paie pas de mine, hein?

C'est à partir d'un polype que les méduses vont se former, par un phénomène qu'on appelle la strobilation (un phénomène qui vaut le coup d'œil alors jetez-en un ici, et .) Le passage de polype à méduse est peu compris par la communauté scientifique et semble varier entre espèces et selon les conditions environnementales. Pourtant, de nombreuses équipes scientifiques japonaises se sont penchées sur le cycle de vie de Nemopilemai nomurai. Pourquoi un tel engouement? Et bien en 2002, 2003, 2005 et 2007, des nuées de méduses géantes ont envahi les eaux japonaises, provoquant des ravages pour la pêche locale et pouvant parfois blesser les pêcheurs. Jugez plutôt:


Les pêcheurs utilisent des bambous pour pousser les méduses géantes hors d'un filet de pêche. Normalement, un pêcheur peut attraper une ou deux méduses géante par semaine, mais au cours des années de pullulation il peut en capturer plus de 1000 dans un filet



Face à ces invasions, les japonais essaient d'une part de comprendre et de prévoir les futurs marées de méduses, mais pensent aussi à un moyen de convertir cette calamité en aubaine. D'ordinaire, les japonais ne rechignent pas à déguster des méduses, mais il semble que les qualités gustatives de Nemopilemai nomurai soient assez médiocres. Une solution avancée a été de promouvoir une glace au goût totalement inédit!



C'est quand même tragique qu'un organisme aussi beau pose autant de problèmes... (bizarrement, ça me donne envie de sushi toute cette poésie marine!)



Liens:
The Scyphozoan
Science News for Kids (quoi, on trouve de la doc où on peut, non?)
National Geographic

Référence:
M.Kawahara, S.Uye, K.Ohtsu, H.Iizumi, Unusual population explosion of the giant jellyfish Nemopilema nomurai (Scyphozoa: Rhizostomeae) in East Asian waters. MEPS 307:161-173 (2006).

(Merci à Alain Prunier pour l'info)

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Commentaires

1. Le vendredi, avril 3 2009, 21:59 par anne

bonjour Taupo et merci pour vos excellents articles.
Je crois me souvenir, mais cela date de loin que l'on se posait la question de savoir si la méduse était une " personne méduse" ou une colonie d'individus ?

2. Le samedi, avril 4 2009, 01:42 par taupo

@anne :Encore des compliments! Je vais commencer à prendre la grosse tête, moi... Bon je vais essayer de les mériter en tachant de répondre à vos questions par des commentaires mais aussi des articles (à vrai dire, je serai râvi si je pouvais avoir plus souvent des questions comme la votre qui me donnent des idées pour de futurs articles). Donc je répondrai un peu à votre question dans ce commentaire mais plus en détail dans un article spécifique sur le sujet. La réponse la plus simple à votre question est que la méduse Nemopilema nomurai n"est pas une colonie mais bien un individu (composé de plusieurs cellules, soit, mais formant tout de même un organisme bien individualisé). Ce qui vous a certainement poussé à me poser cette question, c'est l'exemple assez célèbre de la Physalie (Physalia physalis). Mais pour vous débarasser de certaines conceptions erronées il m'est tout d'abord nécessaire de vous annoncer qu'il ne s'agit pas d'une méduse: la physalie est un syphonophore. Les syphonophores appartiennent au même groupe que les méduses, d'où une fréquente confusion: ce groupe est nommé Cnidaria et contient également les coraux, les hydres et les anémones. La particularité des Syphonophores, c'est qu'il ne s'agit pas d'organismes à proprement dit, mais de colonies d'individus, quatre différents types de polypes et de méduses hautement spécialisés pour effectuer des taches précises comme la défense, la nutrition, la reproduction et la locomotion. Bien entendu, peu de définitions sont capables d'être applicables à des cas de figures intermédiaires, tangents et le cas des syphonophores met à mal la définition d'individu et d'organisme. En effet, d'un point de vue développemental et fonctionnel, les quatre différentes populations de polypes et de méduses qui composent les syphonophores proviennent d'une seule cellule qui a bourgeonné pour donner une colonie complète. D'autre part, de nombreux polypes et méduses, s'ils sont séparés de la colonie, ne peuvent survivre et ils sont sonc totalement dépendant de la colonie. Mais si on observe l'anatomie de chaque polype et de chaque méduse et si on analyse leur origine évolutive, on comprend qu'il s'agit bien d'individus agissant de concerts pour donner un ensemble spécialisé dans plusieurs fonctions. L'étude des syphonophores peut donc nous amener à réfléchir sur la définition d'individu d'une part, mais également sur l'évolution des organismes multicellulaires (la multicellularité est un cas exemplaire de convergence évolutive, ayant certainement eu lieu une bonne dizaine de fois au cours de l'évolution). Ainsi, les syphonophores ne seraient-ils pas un témoignage actuel de ce qui a pu arriver il y a plus de 600 millions d'années, lorsque les premiers animaux s'associèrent en colonie pour, peut être, établir les plans d'organisations de la majorité des animaux actuels (passer d'une symétrie radiale à une symétrie bilaterale, ou plus simplement, l'émergence des deux axes dorso-ventral et antero-posterieur)?

3. Le samedi, avril 4 2009, 09:10 par anne

Merci d'avoir répondu.. c'est tout à fait cela : c'était les physalies ( à la lecture de votre réponse avec les 4 " polypes )... j'attends donc votre article avec impatience, car j'ai du mal à conceptualiser la chose.
Multicellularité : ah .. je n'avais pas vu les choses comme cela :-)
Cela prend une tournure interressante.

EUH.. 2 axes dorso ventraux et A P ? j'avais trouvé des articles sur axe AP existant avant la fécondation, axe dorsoventral crée lors de la fécondation, et axe de symétrie créé assez vite.. peut etre du à la chiralité des proteines .

Bon week end.

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