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Strange Animals

Helicoprion, le requin ouvre boite

Helicoprion
Enfin la fin du mystère du premier avril!  Le requin ouvre-boîte est-il un poisson d’avril?
Et bien non!
D’une part, les requins ne sont pas des poissons (et encore moins des poissons saisonniers…), c’était donc le premier piège. Les requins font partie de la famille des chondrichtyens (ou “poisson” cartilagineux… bon alors vu qu’il y a poisson dans poisson cartilagineux, je sens que ça va pas être facile d’expliquer d’un coup…). Pour faire simple, si d’un point de vue évolutif, on regroupait les chondrichtyens avec les poissons osseux comme notre bête hareng, alors nous devrions nous même être considérés comme des poissons… Cela veut dire que le dernier ancêtre commun des chondrichtyens et des poissons osseux a également contribué à notre lignage, et qu’on groupe qui rassemblerait tous ses descendants nous embarquerait dans le lot. Dire que les requins font partie des poissons, c’est restreindre le groupe en n’incluant pas tous ses cousins qui se sont adaptés à la vie terrestre sur leurs quatre pattes.
Héhéhé, j’arrive pas à croire que j’ai réussi à berner autant de gens à se taper un paragraphe sur de la phylogénie…
Bref, trêve de torture, passons au choses sérieuses: poisson ou pas, est-ce que la bestiole ci dessus a bel et bien existé? Et bien oui les amis, et son joli nom, c’est Helicoprion:
Helicoprion, AMNH
Helicoprion est un genre de requins (7 espèces au total) qui nageaient dans les eaux du Permien il y a environ 290 millions d’années. Inutile de vous dire qu’il s’agit d’un requin peu commun avec sa dentition en spirale.
Comme je vous en parlais précédemment, les requins avaient déjà habitué les scientifiques à des mâchoires particulièrement impressionnantes puisque la majorité d’entre eux renouvellent leurs dents en permanence. Mais le groupe des Eugeneodontida dont Helicoprion fait partie a laissé les scientifiques pantois face à l’occurrence de fragments de mâchoires en spirale.
C’est d’ailleurs la seule chose que l’on ait retrouvé d’Helicoprion, ce qui rend sa reconstruction particulièrement difficile (en effet, puisqu’il s’agit d’animaux cartilagineux, ils se prêtent mal à la fossilisation, et l’on retrouve très souvent uniquement la mâchoire des requins préhistoriques…) Les dentitions en spirale ne sont connues chez aucune autre espèce de requins, ni chez aucune autre espèce de vertébrés. Voici un petit panel des spécimens retrouvés de par le monde:
Le premier specimen d'Helicoprion découvert en 1899
On commence par l’holotype, c’est à dire le premier spécimen découvert dans le monde qui va servir de référence pour définir l’espèce découverte. Celui-ci a été découvert en 1899.
Helicoprion bessonovi, Paleozoological Museum of China
USNM 22577 Smithonian NMNH
Alors le problème bien sûr, c’est qu’avec uniquement cette petite portion du corps retrouvée, il est très difficile de réaliser une reconstruction fidèle. Et c’est pourquoi, en tapant Helicoprion sur la recherche d’images de votre moteur de recherche favori, vous allez tomber sur différentes illustrations comme la maquette et le dessin ci dessus, ou bien encore les dessins suivants:

Helicoprion bessonovi
image
Mais la plus récente reconstruction, et celle qui a remportée de nombreuses opinions scientifiques positives, est celle de Mary Parrish qui a travaillé pour le Smithonian Museum of Natural History. Arguant que la position frontale de l’ouvre boîte aurait créé une sorte de résistance et un mauvais hydrodynamisme, il a été conseillé à l’artiste de placer l’ustensile à l’intérieur de la mâchoire. D’où la représentation suivante:

Helicoprion selon Mary Parrish sous la supervision de Robert Purdy, Victor Springer etMatt Carrano
Bon, je sais, c’est moins funky que la maquette du haut. Toujours est-il que le requin est bel et bien équipé d’un ouvre boîte! Et comment l’utilisait-il? Et bien les spéculations vont bon train: peut être se nourrissait-il d’ammonites et avait besoin de cette scie pour éclater leurs coquilles… Ou peut-être gardait-il la gueule ouverte en se jetant sur des bancs de poissons pour qu’ils viennent se planter dans son porte brochette…
En tout cas, l’histoire d’Helicoprion illustre parfaitement comment un fossile fragmentaire peut donner du fil à retordre aux conservateurs du musée! Mais également comment la nature nous réserve des surprises, et ce même un premier avril…

Références:
Bendix-Almgreem, S. E., 1966. New investigations on Helicoprion from the Phosphoria
Formation of south-east Idaho, U.S.A. Biologiske Skrifter undgivet af det Kongelige Danske Videnskabernes Selkab, v. 14, n. 5, pp.1-54, pl. 1-15.
Eastman, C. R., 1900. Karpinsky’s genus Helicoprion. A review. American Naturalist, v. 34, p.           579-582.
Hay, O. P., 1912. On an important specimens of Edestus; with description of a new species,
Edestus mirus. Proceedings of the U. S. National Museum, v. 42, n. 1884, pp. 31-38, pl. 1, 2.
Peyer, Bernhard, 1968. Comparative Odontology. The University of Chicago Press, pp.1-347, pl.1-96
Williams, M. E., 2001. Tooth retention in cladodont sharks: with comparison between   primitive grasping and swallowing, and modern cutting and gouging feeding mechanisms. Journal of Vertebrate Paleontology, v. 21, n. 2, p. 214-226.
Zangerl, R., 1981.Chondrichthyes I: Paleozoic Elasmobranchii. In H. P. Schultze (ed.), Handbook of Paleoichthyology. Gustav Fischer Verlag, New York, 115 pp.

Liens:
The Orthodonty of Helicoprion
Helicoprion: an intriguing Puzzle

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