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Science

Similicaudipteryx: le dinosaure aux plumes de lait

 

 

 

Similicaudipteryx, Xing Lida/Song Qijin/Nature

 

 

Bon alors on va commencer à le comprendre: certains dinosaures avaient des plumes (1,2 et 3), et même des plumes avec de jolies couleurs.

 

Alors pourquoi présenter de nouveaux fossiles à plumes sur SSAFT? Et bien s’il devient courant maintenant de trouver des traces de plumes autour de spécimens de dinosaures particulièrement bien conservés, il est encore très rare de pouvoir comparer ces plumes entre spécimens appartenant à la même espèce mais d’âges (comprendre stade de développement) différents! C’est donc pourquoi je vais parler ici de la découverte de deux spécimens de dinosaures (Similicaudipteryx) provenant de la formation crétacé géologique du Yixian (ou Jehol) qui ont été découverts par des paysans de la province du Liaoning et étudiés par l’équipe de Xing Xu.

 

Similicaudipteryx bébé et ado, Zheng Xiaoting

 

Et la moindre chose qu’on puisse dire, c’est que les deux spécimens de Similicaudipteryx (un bébé et un ado) étaient assez différents. A croire que les Similicaudipteryx ado avaient besoin de changer de look pour s’affirmer dans le dur monde des dinosaures!

 

Mais ne mettons pas la charrue avant les Triceratops… Un brin d’introduction s’impose.

 

D’abord présentons les jeunots: Similicaudipteryx bébé et ado (STM4-1 et STM22-6 de leurs jolis petits noms respectifs) appartiennent au groupe des Oviraptosaures (littéralement les dinosaures voleurs d’œufs, même si en fait c’est un délire de ceux qui ont trouvé les premiers dinosaures de ce groupe). Les Oviraptosaures possédaient tous des plumes, et étaient de taille très variable (allant de la dinde commune pour Caudipteryx au mastodonte à plume qu’était Gigantoraptor).

 

Comment être si sûr qu’il s’agisse de deux spécimens de Similicaudipteryx? Et bien car ce genre d’espèce possède entre autre un crâne, une colonne vertébrale et des hanches caractéristiques qui permet de classer les fossiles facilement. Et si l’on sait qu’il s’agit de deux spécimens juvéniles, c’est qu’ils sont tous deux d’une taille inférieure à celle des spécimens adultes de Similicaudipteryx trouvés précédemment (toujours de la taille approximative d’une victime de Thanksgiving), et que leurs os n’ont pas fini leur développement et ne sont pas soudés par endroit.

Ce qu’il faut ajouter à cette description, c’est un commentaire sur la qualité extraordinaire des deux fossiles. On commence à y être habitué, mais la conservation d’empreintes de plumes sur ces roches est quand même incroyablement rare. D’ailleurs, ça n’a pas manqué d’éveiller la vigilance des auteurs de l’article qui ont inspecté les fossiles méticuleusement à la recherche de moindres indices de contrefaçons (et oui: qui dit rare, dit valeur marchande…). Mais heureusement pour eux, ce sont bien de véritables fossiles et je m’en vais vous les présenter :

 

Voici d’abord STM4-1, alias bébé Similicaudipteryx

 

STM4-1, Bébé Similicaudipteryx

Et maintenant STM22-6, alias Similicaudipteryx ado, ou jeune adulte, ou p’tit con

 

STM22-6, Similicaudipteryx ado, ou jeune adulte, ou ptit con

Sont-ils pas beaux tout de même les volatiles qui mordent?

 

Bon, mais maintenant causons plumes si vous le voulez bien.

 

Déjà, les deux gais lurons ont le corps recouvert de plumes duveteuses similaires, si ce n’est que l’ado se la joue plume longue et se les laisse pousser jusqu’à atteindre 5 cm (Ah le voyou!).

Mais là où il y a une grosse différence, c’est quand on regarde leurs plumes pennes: STM4-1 a 10 belles plumes pennes sur les bras (des rémiges) et 11 belles grandes plumes sur le cul (les rectrices) qui sont toutes de la même forme : en tube à la base, et plane à leur extrémité.

Par contre, STM22-6 a 22 plumes sur chaque bras (10 primaires reliées au dos de la ‘main’ et 12 secondaires reliées à l’avant-bras) et son popotin est décoré d’au moins 12 paires de rectrices. Toutes sont de même taille, et complètement planes.

Ca en fait des différences: la forme, la taille et voir le type: STM4-1 par exemple ne possède que des plumes primaires et pas de plumes secondaires (mais bon, ça se trouve elles sont moins bien conservées…).

 

Et alors quoi? OK, les plumes sont différentes en nombre, taille et forme au cours de la croissance de Similicaudipteryx, mais c’est pas comme ça que ça se passe chez les oiseaux?

Et bien non! Et c’est ça qui est totalement surprenant. A part une étape adorable poussin-duveteux, les oiseaux, une fois leur plumage acquis, le garde identique jusqu’à finir dans notre assiette (désolé mais cette histoire de dinosaure de la taille d’une dinde en début d’article, ça m’a trop donné envie).

 

Serait-il possible alors que les dinosaures à plumes, au cours de leur croissance, soient passés par diverses étapes de développement avec des plumes particulières pour chacune de ces étapes, et qu’ensuite ce mode ait disparu dans le groupe qui a donnée nos oiseaux actuels?

 

C’est ce que suggère Xu et ses collègues en tout cas. Les auteurs vont même jusqu’à utiliser les modèles moléculaires élaborés par le Dr. Prum expliquant la formation des plumes des oiseaux actuels, pour corroborer leur découverte. En effet, le modèle peut tout à fait être adapté pour expliquer la croissance des plumes mi-tubes mi planes que l’on trouve sur STM4-1, via un décalage dans l’expression du fameux gène sonic hedgehog (oui, oui, le nom du personnage de Sega). Quand des paléontologues commencent à utiliser des données génétiques pour expliquer la forme de certaines structures de leurs fossiles, il faut s’arrêter pour apprécier l’étendue des avancées scientifiques qui ont permis d’arriver à ce que deux domaines si éloignés de la biologie se retrouvent.

 

M’enfin bon, le même Dr. Prum s’est empressé d’émettre une hypothèse pouvant réfuter la découverte de Xu: les plumes de STM4-1 pourraient tout simplement être des plumes en train de s’ouvrir (en effet, au moment de la mue, les plumes sont enchâssées dans une sorte de fourreau et pourraient éventuellement prendre la forme des plumes observés chez bébé Similicaudipteryx… même si synchro sur tout le corps, c’est louche…)

 

En tout cas, cette étude montre une nouvelle fois l’impact gigantesque que peut avoir la découverte de spécimens d’une même espèce de dinosaures, mais à différents stades du développement (Tom Roud en parlait déjà ici).

 

Bon c’est pas l’tout, mais faut que je me trouve un KFC moi maintenant…

 

J'ai faim

 

 

Référence:

Exceptional dinosaur fossils show ontogenetic development of early feathers  Xing Xu, Xiaoting Zheng & Hailu You. Nature.  doi:10.1038/nature08965

A new genus and species of caudipterid dinosaur from the Lower Cretaceous Jiufotang Formation of western Liaoning, China. He, T., Wang, X.-L., and Zhou, Z.-H. (2008).Vertebrata PalAsiatica, 46(3): 178-189.

Liens:

Article Nature News

Article ScienceShot

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