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Coprologie

Où l’on parle des animaux et de leurs crottes : Les oies, leurs fientes et les Rennes de Svalbard

 

La Bernache nonnette, Branta leucopsis

Voici le portrait d’une oie appelée Bernache nonnette (Branta leucopsis), et qui tire son nom vernaculaire de son plumage noir qui enserre sa poitrine, son cou et le haut de sa tête à la manière d’un voile de religieuse. Difficile de croire qu’on s’apprête à parler de ses fientes… D’ailleurs, la voilà toute courroucée de cette outrecuidance.

 

Le courroux de la Bernache nonnette, Branta leucopsis

Dans le règne animal, nombreux sont ceux qui ont évolué pour se nourrir exclusivement de végétaux: les herbivores. Quand on évoque les herbivores, on aura plutôt tendance à penser aux bêtes à cornes, aux biquettes voire aux chevaux… mais bizarrement rarement à d’autres animaux. Et pourtant, nombreux sont les insectes, amphibiens, reptiles… et oiseaux qui sont herbivores!

Généralement, les animaux herbivores sont dotés de puissantes dents, mandibules ou bec pour les oiseaux, afin de réduire en bouillie les végétaux qu’ils broutent. Les oies, qui sont également herbivores, n’échappent pas à cette règle et leur bec est fortement kératinisé avec des striations latérales qui facilitent le découpage de leur pâture:

 

L'oie des moissons, Anser Fabalis, photo Olga e Zanni

 

Mais si les oies sont bien fournies en terme d’instrumentation buccale, elles le sont moins quant à leur appareil digestif.

Alors que les mammifères ruminants sont dotés d’estomacs sur-équipés pour la digestion de végétaux (notamment à l’aide de multiples poches, dont une surdéveloppée, le caecum, qui abrite une myriade de bactéries commensales spécialisées dans la digestion de cellulose - et qui chez nous correspond partiellement à l’appendice), les oies ont un système digestif des plus simple, avec un caecum, certes, mais pas surdimensionné.

Du coup, comment optimiser son apport nutritionnel quand on digère mal sa verdure? En bouffant tout le temps, pardi!

Les oies vont donc juste brouter la majorité du temps, comptant sur leur capacité à absorber un maximum de fourrage (de 80 à 200 coups de bec à la minute), sur leur transit éclair… et du coup, à leur débit impressionnant par l’arrière train…

Certaines espèces d’oies vont donc passer parfois jusqu’à 41 à 46 % d’une journée complète (24 heures) à brouter. Ce temps peu même atteindre 61% pour la Bernache nonnette lorsqu’elle se trouve en compétition pour se sustenter avec une autre espèce, l’oie à bec court (Anser brachyrhynchus), et 70% pour l’Oie rieuse (Anser albifrons). [Où l’on remarque que quand même, les ornithologues français sont des sacrés boute-en-train quant il s’agit de choisir des noms vernaculaires aux volailles]. En comparaison, les bovins broutent seulement 33 à 40% du temps sur 24 heures…

 

Caca d'oie!

 

Si on se concentre de l’autre côté de l’affaire, les chiffres sont tout aussi incroyables!

Prenez la Bernache nonnette par exemple: Les chercheurs Prop et Vulink, dans un article de 1992, ont estimé qu’elles se nourrissaient pendant 10 heures par jour, et qu’elles produisaient une crotte toutes les 8,2 minutes, soit un total de 73,2 crottes par jour (d’un poids moyen de 0,9g par crotte). Je ne sais pas ce qui est le plus fascinant: ces chiffres, où les moyens par lesquels ils ont été obtenus…

En, plus ces chiffres ne concernent pas leur période de plus haute activité, pendant laquelle les Bernaches nonnettes produisent des fientes toutes les 3,5 minutes sur 8 heures de consommation, ce qui revient à une belle production de 140 à 150 crottes par jour!

 

Renne de Svalbard, Rangifer tarandus platyrhynchus

 

Comment en vient-on aux Rennes de Svalbard (Rangifer tarandus platyrhynchus) dans cette histoire? C’est tout simple : il a été constaté que ces rennes sont friands de caca d’oie!

 

En effet, comme les Bernaches nonnettes sont très sélectives sur le type de végétations qu’elles vont brouter et comme leur digestion est partielle, leur crottes sont enrichies en certains nutriments et fibres qui en font des frinadises de choix pour les rennes. En voici par exemple un qui déloge une Bernache de son pot de chambre pour en dévorer son contenu…

 

Renne de Svalbard poussant une Bernache pour déguster sa fiente, der Wal et al.

On va donc entamer dans cette nouvelle rubrique une collection des comportements coprophages: après le requin, on peut maintenant compter le renne. C’est vraiment caca d’oie comme rubrique!

 

Liens:

Article Tetrapod Zoology

 

Références:

 

Prop J, Vulink T: Digestion by Barnacle Geese in the Annual Cycle: The Interplay Between Retention Time and Food Quality. Functional Ecology 1992, 6:180-189.

 

Fox, A. D. & Kahlert, J. 1999. Adjustments to nitrogen metabolism during wing moult in Greylag geese, Anser anser. Functional Ecology 13, 661-669.

 

Madsen, J. & Mortensen, C. E. 2008. Habitat exploitation and interspecific competition of moulting geese in East Greenland. Ibis 129, 25-44.

 

Owen, M. 1980. Wild Geese of the World. B T Batsford Ltd, London.

 

van der Wal, R., & Loonen, M. (1998). Goose droppings as food for reindeer Canadian Journal of Zoology, 76 (6), 1117-1122 DOI: 10.1139/cjz-76-6-1117

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