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Paresseux

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Des infos sur la bestiole
Des infos sur la voix

Vous aurez peut être reconnu la bestiole sur laquelle vous venez de cliquer: c’est un paresseux! On ne dirait pas comme ça, mais il s’agit d’une coqueluche de la blogosphère scientifique francophone! Déjà, sur SSAFT, j’ai dévoilé à 2 reprises (ici et ) à quel point les bébés paresseux étaient mignons. Jugez-plutôt:

Bébé Paresseux

Bébé Paresseux

Bébé Paresseux

Bébé Paresseux


Mais il n'y a pas que leur côté choupinou qui passionne les blogueurs. Sur SSAFT, Vran nous dévoilait de nombreuses caractéristiques qui en font un animal extraordinaire:

Commençons par son épaisse fourrure gris-brun. Chez la plupart des mammifères les poils poussent « vers les extrémités » c'est-à-dire grosso-modo du dos vers le bout des pattes, ce qui permet de se protéger des intempéries en laissant ruisseler la pluie sur le sol (les militaires savent d’ailleurs qu’une coupe en brosse bien dégagée derrière les oreilles est parfaitement inefficace dans ces cas là). Chez le paresseux, la fonction de la fourrure est identique (protection contre le vent, la pluie et limitation de la déperdition thermique) seulement puisque l’animal passe le plus clair de son temps la tête en bas, sa pilosité s’est adaptée et pousse du bout des pattes vers le corps. Autre particularité, si l’humidité ambiante et l’usure du poil le permettent, la fourrure du paresseux peut accueillir des cyanobactéries (bactéries photosynthétiques) qui profitent de l’immobilité et du manque d’hygiène de leur hôte pour glaner quelques rayons de soleil à travers les feuillages. Echange de bons procédés, cette symbiose donne à la robe du paresseux une couleur verdâtre qui l’aide à se cacher des prédateurs.

 

Choloeptus dydactylus en tenue de camouflage

(Image : Flyfisherman)

En revanche, elle ne le protège pas des parasites, une étude aurait en effet montré que la fourrure d’un seul individu peut servir de refuge simultanément à plus d’une centaine de papillons, un millier de coléoptères et une quantité colossale d’acarien, un gros squat d’arthropodes.



 

Seconde particularité, les paresseux se démarquent des autres mammifères par un métabolisme très lent (activité deux fois inférieure à celle attendue pour un animal de leur taille) et une température corporelle faible (de 23 à 32°C), conséquences d’une adaptation à la vie arboricole et à un régime alimentaire constitué majoritairement de feuilles à faible valeur énergétique. A l’instar des ruminants, l’estomac du paresseux est très large et multi-compartimenté. Chez un individu bien nourri, la masse de son contenu représente les 2/3 de celle de l’animal lui même (pour un paresseux moyen de 6kg ça fait quand même 4kg de feuilles dans le ventre, soit 10kg à porter pour la pauvre branche). Sa digestion est par ailleurs très (très) lente (1 mois voir plus, mais quand on voit la quantité de nourriture ingérée c’est compréhensible). Dernière anecdote alimentaire, les paresseux ne possèdent que 18 dents assez rudimentaires (ne présentant ni émail ni véritables racines).

On continue la liste avec un peu d’anatomie comparée. L’une des choses qui attirent le plus le regard chez le paresseux après sa tronche de Gaston Lagaffe sous Xanax…

tronche de Gaston Lagaffe sous Xanax

…ce sont ses longues griffes qui permettent de classer les 6 espèces actuelles en 2 groupes : les Megalonychidae « didactyles » car ne possédant que deux doigts aux pattes antérieures, et les Bradypodidae « tridactyles ». On notera également que tous les paresseux possèdent 3 doigts aux pattes postérieures. Détail amusant, un système de blocage des articulations permet aux paresseux de se maintenir accrochés aux branches sans fournir le moindre effort musculaire (sans doute analogue à celui qui permet aux chevaux de dormir debout par exemple). Il parait même qu’une fois mort, certains ne tombent pas tout de suite de leur arbre, ce qui a le don d’énerver les braconniers, et c’est bien fait pour leurs sales gueules de lopettes paramilitaires.

Mais ce n’est pas tout. Chez les vertébrés en général, le nombre de vertèbres cervicales est assez variable (14 chez la poule, 24 chez le cygne…) mais est rigoureusement fixé à 7 chez les mammifères, ainsi, une baleine, une souris et une girafe en possèdent autant l’une que l’autre et ce malgré d’évidentes différences anatomiques. Seules exceptions : les lamantins et les paresseux didactyles qui n’en possèdent 6 et leurs cousins tridactyles qui en possèdent 9. Ces derniers sont en conséquence capables de tourner leur tête à 270° et donc de regarder derrière eux ou au pied de leur arbre sans bouger le corps (toujours dans le souci d’en branler le moins possible).

 

Sur cette dernière question des vertèbres cervicales, David Louapre, de Science Etonnante nous apporte quelques éclaircissements sur les raisons développementales de l’entorse à la règle des 7 vertèbres cervicales chez les paresseux:

Une partie de la réponse a été dévoilée par une étude récente parue dans PNAS. On y apprend que les vertèbres cervicales supplémentaires du paresseux sont en fait des vertèbres thoraciques, celles qui normalement portent les côtes, … mais celles-ci sont sans côtes !

Dans le papier les auteurs nous expliquent que chez les mammifères, le développement de la cage thoracique se fait avant celui des vertèbres cervicales. Mais chez le paresseux, c’est l’inverse, les vertèbres cervicales se développent en premier, et cela permet au cou du paresseux de "voler" quelques vertèbres au thorax ! L’image ci-dessus montre une image obtenue par tomographie d’un squelette de paresseux en développement. On peut y compter 9 vertèbres cervicales, les deux plus basses auraient normalement dû être des vertèbres thoraciques portant des côtes.

 

Vue latérale d'une reconstruction 3D de scans tomographiques d'un squelette de Bradypus, Hautier et al., 2010

Vue latérale d'une reconstruction 3D de scans tomographiques d'un squelette de Bradypus, Hautier et al., 2010


D’autres blogueurs se sont intéressés non pas aux paresseux actuels, mais aux espèces fossiles. Parmi eux, Vran une nouvelle fois qui nous raconte que…

Dans les temps reculés du Pléistocène (-1.8 millions d’années / –11 000 ans), il existait plusieurs espèces de paresseux terrestres (par opposition aux arboricoles actuels) aux dimensions parfois colossales. Le plus connu d’entre eux (et aussi le plus massif) est Megatherium americanum, un monstre de 6m de long pour une masse estimée à 5 tonnes (on rigole moins tout de suite). Pour un bestiau de cette taille, hors de question de vivre perché en haut des arbres, Megatherium se déplaçait donc sur la terre ferme, les pattes avant repliées vers l’intérieur en s’appuyant sur le haut de ses griffes comme les fourmiliers actuels. Quand à sa nourriture, les hypothèses les plus vraisemblables suggèrent un régime végétarien (mais ce n’est pas non plus une certitude absolue, la mythologie Amazonienne fait par exemple mention du Mapinguari, une créature à l’apparence d’un très grand paresseux à la fourrure rouge vivant dans la forêt et se nourrissant indifféremment de feuilles ou de viande) et une technique assez particulière pour dénicher son repas. En effet, Megatherium aurait pu se servir de sa lourde queue pour se redresser sur ses pattes arrières face à un arbre relativement fin, suite à quoi il se saisirait du tronc avec ses griffes pour le tordre jusqu’à atteindre le feuillage. On ne sait pas grand chose d’autre sur cette espèce, si ce n’est qu’elle a disparu il y a environ 11 000 ans, à la fin du Pléistocène (la faute aux glaciations ou à Homo sapiens… pas de certitude mais connaissant le penchant exterminateur de ce dernier il n’y a pas non plus masses de doute).


squelette de Megatherium americanum exposé au Museum National d’Histoire Naturelle à Paris


Vran est tellement fasciné par le bestiau qu’il a appelé son propre blog Megatherium et dédié une BD sur le sujet.
Sur le Dinoblog, Lionel Hatier nous apprend que des paléontologues sont particulièrement intéressés par l’oreille interne du bestiau:

Elle renferme à la fois un organe de l’ouïe, la cochlée ou limaçon, et un organe de l’équilibre, le système vestibulaire et ses trois canaux semi-circulaires responsables de la perception des accélérations/décélérations des mouvements de la tête. Ce dernier constitue donc un organe clé pour reconstruire l’agilité d’espèces éteintes. Plusieurs études ont en effet montré que la taille des canaux semi-circulaires serait proportionnelle à l’agilité de leur propriétaire. Les deux genres actuels de paresseux présentent d’ailleurs de petits canaux comparés à la moyenne des mammifères. Voici donc une méthode qui tombe à pic pour savoir si Megatherium était bien ce balourd décrit dans la littérature ! Effectivement, l’idée est simple mais en pratique scanner un crâne d’un animal de cette taille reste une tâche relativement ardue. Cet exploit a été rendu possible grâce à la plateforme de microtomographie du muséum (la bien nommée plate-forme AST-RX qui résiste encore et toujours aux défis des plus gros crânes). Une fois ce problème technique résolu et l’oreille interne reconstruite, il ne restait plus qu’à faire parler son anatomie. Chez la forme géante de paresseux, les canaux semi-circulaires étaient de grande taille par rapport aux formes actuelles (à l’échelle de leur corps), suggérant ainsi une plus grande agilité probablement comparable à celle d’un éléphant. Mais si la morphologie des canaux semi-circulaires trahit une certaine agilité, elle reflète plus directement la mobilité de la tête que celle de l’ensemble du corps ; il s’agit donc de ne pas interpréter à la hâte ces résultats comme le seul signe d’une locomotion agile. Toutefois, d’autres résultats, basés sur l’étude d’empreintes de pas cette fois-ci, ont montré que Megatherium devait pouvoir se déplacer à une vitesse de 3 à 8 km/h, un pas de course comparé à leurs cousins actuels qui se déplacent rarement à plus 0,5 km/h.

 

Le crâne dans le scanner. Copyright Cyril Frésillon (CNRS).Le crâne dans le scanner. Copyright Cyril Frésillon (CNRS).

La reconstruction 3D du crâne et de l’oreille (Billet et al., 2013). Copyright Journal of Anatomy.La reconstruction 3D du crâne et de l’oreille (Billet et al., 2013).
Copyright Journal of Anatomy.

Empreintes de pas de Megatherium Pehuen Co, Argentine. Empreintes de pas de Megatherium Pehuen Co, Argentine.


Megatherium n’est pas la seule espèce fossile de paresseux. Vran nous raconte que:

Il existait également d’autres espèces de paresseux terrestres, de dimensions plus modestes (mais dépassant toujours largement les arboricoles actuels). Parmis celles-ci on trouve le genre Thalassocnus, un groupe de paresseux semi-aquatiques ou marins, dont la morphologie suggère qu’ils se nourrissaient d’algues et étaient capables de plonger et/ou de se maintenir sous l’eau (en s’accrochant au fond avec leurs griffes) pour aller les pêcher.


Squelette de Thalassocnus nature, exposé au MNHNSquelette de Thalassocnus nature, exposé au MNHN

Thalassocnus, vision de l’esprit, en situation (image: Bill Parsons) Même espèce, vision de l’esprit, en situation (image: Bill Parsons)


Sur le Dinoblog, Lionel Hautier (encore lui) nous en apprend plus sur Thalassocnus et notamment sur les adaptations de leurs tissus osseux qui ont accompagné leur conquête aquatique:

Dans la nature actuelle, une innovation morphologique clé semble avoir été acquise de manière convergente chez plusieurs espèces aquatiques. Alors que généralement les os d’animaux terrestres sont formés de deux parties, une externe compacte (corticale) et une cavité interne (cavité médullaire), les animaux aquatiques possèdent souvent des os très compacts parfois même sans cavité médullaire. Des os des membres et des côtes de Thalassocnus ont été scannés par microtomographie à rayons X pour révéler leur structure interne. Les chercheurs n’avaient plus qu’à retenir leur souffle et plonger le nez dans leurs données. Les premiers résultats coulaient de source, Thalassocnus possédait des os extrêmement denses, il était donc dans l’océan comme un poisson dans l’eau … [...] Les paresseux font partis d’un groupe de mammifères sud-américains appelés xénarthres qui regroupe les paresseux, les fourmiliers et les tatous. Thalassocnus serait le seul représentant totalement aquatique de ce super-ordre de mammifères. Ce qui apparaît d’autant plus intéressant dans le cas de Thalassocnus, c’est que de nombreux xénarthres terrestres semblent montrer une certaine propension à développer des os relativement compacts (c’est le cas pour le fémur et le tibia du fourmilier présentés à gauche de la figure ci-dessous). Les auteurs de l’étude ont donc suggéré que, contrairement aux autres formes de mammifères aquatiques, la compacité des os de Thalassocnus fut d’abord sélectionnée à un tout autre dessein que celui de ballast et qu’en bon paresseux cette particularité anatomique fut de nouveau exploitée pour coloniser le milieu marin (le fameux concept d’exaptation si cher à Stephen Jay Gould).

Image41.jpg
Comparaison de coupes transversales de fémur et de tibia © Coupes : Eli Amson – CR2P ; Dessins : Malcolm T. Sanders – CR2P.


Tant de sujets sérieux abordés sur les paresseux! Heureusement que Loïc Mangin et moi même sommes là pour précipiter le débat vers les basses sphères de la scatologie!
Loïc, sur son Best of Bestioles, nous explique que les paresseux ne défèquent qu’une fois par semaine et descendent jusqu’à terre pour réaliser leurs besoins. C’est un risque énorme car sur terre, ils sont plus vulnérables à la prédation.

De fait, pourquoi se risquer au sol, terre de tous les dangers, dans une expédition coûteuse en énergie à la seule fin de se soulager, alors que, du haut d’un arbre, ce serait si pratique ? Pour que tout le monde en profite ! En effet, les papillons pondent leurs œufs dans les fèces dont se régaleront les chenilles coprophages. Les adultes qui en résulteront coloniseront à leur tour la fourrure des paresseux. Là, selon J. Pauli, une fois morts et décomposés, les papillons sont transformés en nutriments exploités par les algues. Elles prolifèrent alors et sont ingérées par les paresseux. Ces algues sont beaucoup plus riches en lipides que les feuilles de leur ordinaire. C’est donc une relation mutualiste à trois qui s’est installée : papillons, algues et paresseux !

On ignore encore comment les mammifères mangent les algues, mais on a identifié dans leur estomac une espèce d’algue que l’on ne trouve que dans leur fourrure. Ces résultats ne concernent que les aïs, dont le régime folivore est notablement plus spécialisé que celui des unaus.

Vous pouvez donc vous promener en forêt sans risquer de prendre sur la tête les déjections d’un paresseux, c’est plutôt rassurant.


Sur SSAFT, j’ai dévoilé, au détour d’un article sur les manières de table des animaux, que les paresseux à 2 doigts qui vivent près de campements Péruviens sont souvent retrouvés dévorant les contenus des latrines

Paresseux Choloepus didactylus retrouvé dans des latrines
Sur ces entrefaits, 2 vidéos pour récapituler ce que nous avons appris sur les paresseux. Une sérieuse de Sir David Attenbourough:

 


Et une autre un peu plus décontractée niveau véracité, signée Ze Frank:


Blast

J'ai eu la chance de proposer l'enregistrement de la voix du paresseux à Blast, passionné du son et qui est décrit sur Netowiki comme musicien à ses heures, surtout guitariste, il s'est monté un home-studio en perpétuelle transformation dans son antre comme il appelle son bureau/bibliothèque/laboratoire/salon de musique/studio d'enregistrement et de mixage dans lequel, pour se déplacer il faut être doté d'un équilibre de funambule et de gènes de spéléologue tant l'espace au sol est restreint et les empilages fragiles.

Dans la sagasphère, Blast s'est d'abord fait connaître comme monteur de La Taverne de Kadelfek de King of the Word depuis l'épisode 11 et comme modérateur et administrateur du forum Netophonix, où il prodigue des conseils techniques dans la mesure de ses connaissances d'amateur éclairé.

Sa passion pour la musique et pour le son l'a naturellement amené à prendre en charge la restauration d'anciens enregistrements de musique traditionnelle permettant ainsi la résurrection de musiques du monde entier dont la partition n'existe plus.

Dans le même esprit, il participe comme bénévole dans l'équipe technique du Club Magnetic qui œuvre à la production de livres audio et à la restauration d'anciens enregistrements à l'attention des handicapés de la vue et des personnes isolées. C'est aussi à ce titre qu'il participe à l'émission de radio #LesSondiers, diffusé en podcast et sur SynopsLive sur le home studio et le monde de l'audionumérique.

Voici les enregistrements parfaits qu’il m’a soumis:





Merci infiniment à lui pour son soutien et ses enregistrements qui donnent, il est vrai, un peu envie de bailler tant ils sont bien joués!

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