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jeudi, septembre 9 2010

Concavenator corcovatus, le dinosaure, mi oiseau, mi requin, mi chameau

 

Concavenator corcovatusPetit rappel pour commencer: certains dinosaures avaient des plumes (1,2 et 3), et même des plumes avec de jolies couleurs. Je sais je me répète, mais ça vaut le coup d’enfoncer le clou…

Maintenant reste à savoir quand à émergé les premières plumes! C’est là que nous pouvons introduire un nouveau bestiau dans l’arène: j’ai nommé Concavenator corcovatus! (enfin j’aurai bien voulu l’avoir nommé, mais en fait en fait ce sont les paléontologues Francisco Ortega, Fernando Escaso et José L. Sanz qui ont eu cet honneur). Les voilà d’ailleurs tous les trois en train d’étudier attentivement l’impressionnant fossile déterré de la province de Cuenca, en Espagne:

 

Francisco Ortega, Fernando Escaso et José L. Sanz autour du fossile de Concavenator corcovatus

 

Comme son nom l’indique (comment ça, vous n’êtes pas capable de parler le latin couramment?), Concavenator corcovatus est un chasseur (venator) de la Province de Cuenca (Conca) avec une bosse (corcovatus), ou élongation de deux vertèbres pré-sacrales quand on veut avoir la classe.

Avec ces 6 mètres de long, on pourrait penser que Concavenator corcovatus est un cador! Mais dans sa famille, les Carcharodontosauridés, on mesure en moyenne dans les 12 mètres… Et chez les Carcharodontosauridés (essayez de le répéter trois fois de suite tiens…), on est loin d’être des rigolos. Leur nom signifie en grec “lézards aux dents de requins” et 4 espèces au moins dépassaient en taille le pas si terrifiant Tyrannosaure, comme Carcharodontosaurus saharicus ou Giganotosaurus carolinii:

 

Comparaison de taille entre Spinosaurus aegyptiacus, Chacharodontosaurus saharicus, Giganotosaurus carolinii, Tyrannosaurus rex ... et Homo sapiensComparaison de taille entre Spinosaurus aegyptiacus, Carcharodontosaurus saharicus, Giganotosaurus carolinii, Tyrannosaurus rex ... et Homo sapiens

 

On remarquera que Spinosaurus aegyptiacus, ayant eu son heure de gloire dans Jurassic Park III, reste tout de même le dinosaure théropode carnivore le plus grand et gros de la compet’.

 

Pourquoi donc nous intéresser à ce nabot de Concavenator corcovatus? On pourrait de demander par exemple à quoi pouvait lui servir cette bosse ornant ses vertèbres pré-sacrales (faut cultiver la classe...). Les hypothèses se bousculent: Dépôt de gras à l’instar des bosses de zébu (mais alors pourquoi posséder une armature osseuse pour la supporter), communication, régulation thermique… Pas une ne semble vraiment convaincante, et surtout testable pour l’instant.

 

Non ce qui est véritablement passionnant, ce sont les petits picots que les chercheurs espagnols ont observé sur ses os des avant-bras :

 

Comparaison de l'ulna de Concavenator et de l'urubu (Cathartes sp.) Comparaison de l'ulna de Concavenator et de l'urubu (Cathartes sp.)

 

Et oui, en comparant l’ulna (anciennement appelé cubitus) de l'urubu (un rapace charognard) et de Concavenator, on remarque une grande similitude à la fois topographique et morphologique! Et à quoi sert ces petits picots chez l'urubu? Je vous le donne dans le mille, à accrocher des follicules de plumes (les rémiges)! Cela suggère évidemment que ces parties n’étaient pas que recouvertes d’écailles mais qu’elles pouvaient également arborer de jolies proto-plumes. Non seulement de nombreux dinosaures à plumes adaptées au vol, comme les Maniraptor, possèdent également ce genre de structures sur leurs ulna, mais on en retrouve également sur d’autres théropodes définitivement non volant… comme le fameux Velociraptor!

 

Comparaison de l'ulna de Velociraptor (A et B) et de l'urubu Cathartes (C, D, E et F) Comparaison de l'ulna de Velociraptor (A et B)

et de l'urubu Cathartes sp. (C, D, E et F)

 

Ceci suggère donc très fortement que ces gros dinosaures théropodes (prédateurs marchant sur leur deux pattes arrière) – enfin gros, je vous rappelle la comparaison entre les versions réelles et hollywoodienne pour les velociraptor :

 

Velociraptor version hollywood

Velociraptor version la vraie vie

Bref disais-je, cela suggère que ces dinosaures de diverses tailles, possédaient des proto-plumes sur les avant bras.

 

Mais il reste deux informations cruciales que je n’ai pas dévoilées et qui rend cette découverte importante (et justifie sa publication dans le journal Nature): c’est l’âge de Concavenator et sa place dans la famille des théropodes. Notre nabot de lézard à dents de requin et bosse de Zébu a … 130 Millions d’années! Déjà c’est vieux, et c’est assez cool d’avoir ce genre d’indices tenaces sur un fossile pareil. Deuxièmement, Concavenator appartient à la famille des Allosauroïdes: image

Or, alors que parmi les théropodes, les traces de plumes ne semblaient exister que chez les Coelurosaures (dont font partie les oiseaux), trouver des traces de plumes chez un Allosauroïde repousse donc l’apparition des plumes depuis le Haut jurassique (161 à 145 Millions d’années) au Jurassique Moyen (175 à 161 Millions d’années) parmi les ancêtres communs des Allosauroïdes et des Coelurosaures: les Neotetanurés.

 

Par contre une déception de taille: les chercheurs ont eu beau chercher, point de squelette d’Esmeralda enlaçant notre dinosaure bossu…

 

 

Références :

Ortega F, Escaso F, Sanz JL: A bizarre, humped Carcharodontosauria (Theropoda) from the Lower Cretaceous of Spain. Nature 2010, 467:203-206.

 

Turner AH, Makovicky PJ, Norell MA: Feather quill knobs in the dinosaur Velociraptor. Science 2007, 317:1721.

 

Liens:

Article National Geographic

Article Nature News

Article Not Exactly Rocket Science

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mercredi, septembre 1 2010

Le derrière flashy d’Arachnocampa

 

Les caves de Waitomo

 

Magnifique ciel étoilé n’est-ce pas? Et si je vous annonçais qu’il s’agit du toit d’une grotte, vous y croiriez? Et pourtant, il s’agit bel et bien du plafond rocheux d’une des grottes de Waitomo, en Nouvelle Zélande. En s’approchant, un peu on peut s’apercevoir de deux choses: d’une part, que ce plafond est recouvert de fins filaments gluants, suspendus à intervalles réguliers…

 

plafond d'une cave de Waitomo

 

filaments gluants suspendus au plafond d'une cave de Waitomo 

filaments gluants suspendus au plafond d'une cave de Waitomo

Et d’autre part, que ces lumières bleutées proviennent du postérieur de larves peu ragoûtantes: des larves du diptère Arachnocampa luminosa. On parle couramment de ver luisant de Nouvelle-Zélande, mais à tort parce qu’il ne s’agit pas d’un ver au sens scientifique du terme, mais bien du stade larvaire (alias asticot) de ces diptères (mouches, moustiques et taons). Par contre pour être luisants, ils le sont bien! Au final, on retiendra peut être le nom maori, Titiwai, qui signifie reflet sur l’eau

 

larve d'Arachnocampa luminosa  

schéma de larve d'Arachnocampa luminosa 

Vous me direz, une fois adulte, ce n’est guère plus charmant…

 

Adulte d'Arachnocampa Luminosa (mâle)

 

Comme bon nombre d’insectes, ce n’est pas sous la forme adulte qu’Arachnocampa luminosa va vivre le plus clair de son temps, mais sous sa forme larvaire. Chez cet insecte, devenir adulte signifie devenir sexué, une étape pendant laquelle il faut copuler le plus vite possible avant de mourir d’épuisement.

 

Cycle de vie d'Arachnocampa luminosa

A l’exception du stade œuf, Arachnocampa luminosa va utiliser sa capacité à produire de la lumière, sa bioluminescence, à chaque étape de sa vie. Mais ce qui est particulièrement intéressant, c’est qu’il va l’utiliser différemment à chaque étape. A l’âge adulte, le but va être de trouver un partenaire facilement. Quand on a trois jours à vivre, mieux vaut pas perdre son temps à demander son chemin, et plutôt foncer sur le derrière lumineux de sa partenaire, même si elle n’a pas fini de sortir de sa pupe:

 

Accouplement d'Arachnocampa luminosa avec une femelle venant juste de s'extirper de sa pupe Accouplement d'Arachnocampa luminosa avec une femelle venant juste de s'extirper de sa pupe

Même la nymphe est lumineuse: suspendue verticalement grâce à un long fil, elle mesure de 15 à 18mm et sera lumineuse jusqu’a éclosion pour la femelle, celle du mâle cessant de l’être 2 ou 3 jours avant l’éclosion. Au contraire, la nymphe femelle éclaire plus brillamment en fin de métamorphose, très vraisemblablement pour attirer les mâles et ceux-ci peuvent attendre à deux ou trois l’éclosion d’une femelle (pervers!).

 

Comment la larve d’Arachnocampa utilise t-elle sa capacité à illuminer son derrière? Réponse narrée par l’inénarrable David Attenborough :

 



Transcription:

Cette grotte stupéfiante se trouve près du village de Waitomo, en Nouvelle-Zélande. Chaque lumière provient du derrière d’une larve qui réside dans un tube transparent de mucus, attaché au plafond par des fils de soie, et est produite par des composés phosphorescents contenus dans un compartiment spécial qui longe ses intestins. La soie provient de glandes situées à l’autre extrémité, à l’intérieur de la bouche de la larve. Les larves se déplacent sur le plafond, en s’aidant de leur soie et en parcourant des dédales de fils. Quand elles arrivent à un endroit qui leur plait, les larves produisent plus de soie, mais cette fois ci, elles laissent le fil pendre vers le bas. Avec chaque section du fil secrétée par sa bouche, la larve ajoute une goutte de glue. Au final, un seul fil peut atteindre une taille d’environ un mètre. Il peut y avoir une centaine de larve dans un seul mètre carré du plafond de ces grottes et elles travaillent dur, produisant fil après fil. Le plus elles en produisent, le plus de chance elles ont d’attraper quelque chose. En dessous, des éphéméroptères viennent d’éclore dans le ruisseau qui traverse la grotte. Elles viennent de l’extérieur et ont été portées dans la grotte par le courant, sous forme de larves. Après leur métamorphose, elles doivent chercher un partenaire sexuel. Mais elles trouvent irrésistibles les lumières bleues qui dansent au dessus d’elles… et elles se font attraper. L’Arachnocampa détecte sa proie qui se débat grâce aux fils des soies rattachés à son piège. Ayant senti une prise, la larve éteint son derrière: cela permet d’économiser de l’énergie.

Laborieusement, elle va cheminer vers le fil d’où proviennent les vibrations. Elle remonte le piège, et dévore ce qui se trouve à son extrémité. Elle mange aussi le filament, ce qui permet d’économiser de la soie.

Cette technique fabuleuse de chasse, est seulement une des très nombreuse façons dont les animaux utilisent la soie. La soie est véritablement un matériau extraordinaire. C’est plus fort qu’un fil d’acier du même diamètre, mais à la différence de l’acier, la soie peut s’allonger jusqu’au double de sa longueur.

 

Tiens et je suis d’humeur généreuse aujourd’hui: j’en mets deux de vidéos! A peu près la même chose qui est racontée, mais avec d’autres images… et du coup impossible de choisir entre les deux…

 

Transcription:

 

Cette galaxie de petite lumières est créé par des milliers de petites créatures. Tous les animaux qui vivent dans une grotte doivent pallier à la complète obscurité qui y réside. Mais en Nouvelle-Zélande, certains ont utilisé cette obscurité à leur avantage. Un filament de soie est baissé depuis le plafond, parmi une myriade d’autres. Aussi beaux soient-ils, ces filaments ont une utilité sinistre. Ceci est un vers luisant des grottes. Pour capturer ses proies, il va à la pêche, avec ses lignes de soie. La soie provient de glandes situées dans la bouche de la larve, et elle est chargée de gouttes de mucus. Chaque larve produit une douzaine de ces fils. Une fois que ces pièges sont prêts, la larve va se placer dans un hamac de mucus, et attendre tel un patient pêcheur. Mais la larve ne laisse pas tout au hasard: cette fantomatique lumière bleue provient d’une réaction chimique qui a lieu dans une capsule spéciale située dans sa queue. La lumière brille de son arrière train: c’est un appât pour attirer ses proies. Des insectes semblent attirés de manière irrésistible vers cette source de lumière et ensuite se font attraper dans les lignes gluantes. Une fois englué, il n’y a plus d’issues. Maintenant, il ne s’agit plus que de rembobiner la ligne, et dévorer la prise… vivante. En capturant les insectes qui éclosent dans cette grotte, ces larves ont donc trouvé une solution au plus grand problème qui se présente aux habitants des grottes obscures: trouver une source sûre, et constante de nourriture.

 

Une autre facette passionnante des Titiwai, est leur histoire évolutive. Dans la famille plus large à laquelle ils appartiennent, les Keroplatidés (inclus dans la famille des Mycetophilidés dont les larves vivent habituellement dans les champignons), on trouve des larves aux comportements différents: certaines sont capables de fabriquer de la soie, mais ne l’utilisent pas comme des lignes à pêcher et d’autres n’en fabriquent pas du tout, certains mangent uniquement des spores de champignons qu’ils récoltent en vivant sous leurs chapeaux alors que d’autres sont carnivores. Le jeu maintenant, c’est de comprendre comment ces caractères sont-ils apparus et surtout dans quel ordre !

Un scénario évolutif probable pourrait avoir cette allure: les premiers mycetophilidés font leur apparition il y a 200 millions d’années, et leur larves vivent à l’intérieur de champignons. Une première innovation caractérisant un petit nombre d’entre eux, est la capacité de sécréter de la soie, et de l’utiliser pour se construire des toiles protectrices. Cependant, ces larves restent se contentent de se nourrir de champignons. Puis certaines d’entres elles innovent encore, et utilisent leur soie pour capturer les spores que les champignons dispersent aux alentours: les premières lignes-pièges sont nées. Le comportement de la pêche est identique à celui des Titiwai actuels: on suspend le piège, on attend un peu, et on réingère la ligne pour récupérer les spores. Pas difficile d’imaginer la suite. Les pièges qui marchent pour les spores doivent marcher très efficacement pour les moucherons alentours! Du coup, dans certaines conditions, les larves qui arrivent à digérer les insectes ont un avantage sélectif immense. On a donc la séquence suivante: production de soie, puis régime carnivore. Le développement d’un organe lumineux, quant à lui, à dû être sélectionné dans les populations de larves vivant dans des milieux obscurs… comme dans les grottes de Waitomo! Avec de tels organes, ces larves pouvaient attirer myriades d’insectes… et de touristes!

 

Liens:

Life in the Undergrowth

Les vers luisants de la Nouvelle Zélande

 

Référence:

Meyer-Rochow VB: Glowworms: a review of Arachnocampa spp. and kin. Luminescence 2007, 22:251-265.

Stringer, I. A. N. 1967. The larval behaviour of the New Zealand glowworm Arachnocampa luminosa. Tane 13: 107-117.

Richards, A. M. 1960. Observations on the New Zealand Glow-worm, Arachnocampa luminosa (Skuse) 1890. Transactions of the Royal Society of New Zealand 88 (3): 559-574.

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